Avec un titre pareil, même pas besoin d’ouvrir le premier recueil de Maude Veilleux pour savoir qu’on a affaire à une poésie qui frappe fort. Les choses de l’amour à marde parle d’amour, forcément, mais surtout de ce qui reste de la « scénographie du couple » quand tout fout le camp. Les idées noires sont au rendez-vous et se déclinent en tons d’ennui, de déprime et d’écoeurement face à l’absence de l’autre puis à la rupture. Le langage cru et familier de la poète plonge le lecteur dans l’urgence du sentiment et contribue à faire jaillir des images fortes, par exemple « Nous avions le même char // Deux Hyundai Accent rouges // Qu’on stationnait côte à côte /// Nos deux chars comme // Nos deux âmes /// Collés jusqu’à ce que ça scrape. »

Mais si Les choses de l’amour à marde n’exulte pas précisément la joie de vivre, les poèmes alternent entre plongées et retours à la surface, au point où certains se perçoivent comme de véritables bouffées d’oxygène qui jaillissent au détour des vers. Sous l’évocation des durs moments pointe aussi une ode à l’amitié et à la jeunesse qui sont autant de temples qu’elle oppose à ses faiblesses, en ce sens que la poète convie lecteur sur les traces de ses blessures mais aussi dans les lieux de son réconfort.

Veilleux possède une facilité pour exprimer en peu de mots tout l’absurde d’une situation et en tirer un instantané à la fois sensible et franc. C’est une poésie d’un quotidien qui ne fait pas moins mal parce qu’il est banal, et c’est justement dans sa capacité de cerner avec précision ces drames à échelle humaine que réside sa force. Sauf qu’à l’image des poèmes, le recueil est court – trop court. Le temps d’esquisser la subjectivité sombre de la poète, déjà le livre se referme. Et comme tous les poèmes ne sont pas d’un égal intérêt, la portée de ce cri du coeur s’en retrouve amoindrie. Malgré tout, Les choses de l’amour à marde recèle une poésie libératrice et accrocheuse qui se dévore d’un coup.

– Chloé Leduc-Bélanger

Les choses de l’amour à marde, Maude Veilleux, Éditions de l’Écrou, 2013