Chaque année, les bancs d’essai internationaux présentés par Tangente résultent d’un florilège d’artistes émergents du milieu de la danse contemporaine. Les privilégiés qui ont pu assister aux bancs d’essai de cette année, les pièces étant présentées dans une minuscule salle très intime du Monument National, sauront vous confirmer les richesses promises de ce milieu encore trop peu reconnu.

C’est d’abord le duo de la chorégraphe galloise Tanja Råman, performé en compagnie de son interprète Iain Payne, qui nous est présenté. Les danseurs évoluent sur scène par le biais de phrases chorégraphiques précises et répétitives. Ces dernières sont d’ailleurs dédoublées par une projection vidéo des danseurs en grand format. Ce dédoublement des enchaînements ainsi que la dimension des danseurs accentuent considérablement l’aspect principal de la pièce, c’est-à-dire l’ampleur du travail effectué sur l’espace et les mouvements chargés d’émotions.

La chorégraphie suivante performée par Babacar Cissé nous a tous bouleversés. En interprétant trois extraits de sa pièce sur l’exil, le chorégraphe évoque brillamment la solitude et le confinement. D’abord, ces idées nous apparaissent par la mise en scène minimaliste d’une chambre étroite mise en relief par les techniques de blocage qu’articule le Babacar. La deuxième séquence qu’il interprète, sur un ton plus gai, véhicule le besoin d’interaction, de la présence de l’autre, par le truchement d’un jeu de danse dont les joueurs sont le danseur et une projection de lui-même, une équivalence de son ombre. Enfin, la troisième partie nous le montre étendu au sol, se débattant pour réussir, au final, à se tenir debout, tremblant. Cette spectaculaire ascension termine de manière éblouissante la réflexion faite sur l’exil en illustrant de manière limpide à quel point la fondation d’une nouvelle vie est laborieuse.

Un court entracte permet aux spectateurs de se remettre des émotions ressenties lors de la pièce de Babacar et de revenir dispos pour Corps. Relations de Maria Kiferova. Cette pièce oblige un questionnement approfondi sur les difficultés de la synchronisation entre corps et esprit. Le dialogue qui y est construit par l’intermédiaire de la télévision, où la chorégraphe filmée dicte des actions pendant que celle-ci danse, agit fortement sur la sensibilité du spectateur. La pièce deMaria Kiferova est un véritable succès.

L’Italien Daniele Ninarello, quant à lui, nous foudroie de son regard sombre, saisissant, 18 minutes durant. Sa gestuelle est envoûtante. L’éclairage blanc, parfois radicalement rouge, le poids du regard de Ninarello, la blancheur de son costume et sa gestuelle rappelant celle des aliénés génèrent une angoisse qui fascine.

Enfin, la dernière pièce de la soirée, une chorégraphie d’Arno Schuitemaker, vient confirmer l’importance de la réflexion faite sur le corps, la perception que nous en avons et son interaction avec les autres, opérée chez les danseurs choisis pour les bancs d’essai internationaux 2012. Les deux interprètes enchaînent en premier lieu les mêmes mouvements à la fois simples et comiques, pour ensuite les accélérer jusqu’à ce qu’il y ait fragmentation de la séquence. S’ensuit un duo intense où les contrepoids sont au cœur de la construction chorégraphique.

Les bancs d’essai internationaux ont assurément accompli leur visée : il est certain que les spectateurs qui y ont assisté ont découvert des chorégraphes de la relève dont ils se souviendront et voudront suivre le cheminement.

– Florence Grenier-Chénier