N’a-t-on pas tous et toutes, un jour ou l’autre, eu envie d’être émoustillé? Je ne parle pas seulement ici d’excitation sexuelle, mais aussi de stimulation intellectuelle. Parfois, l’un accompagne l’autre. Il s’agit alors de l’expérience érotique ultime, une sorte de plénitude orgasmique. C’était certainement le pari de Gabriel Anctil lors de l’écriture de son plus récent roman, Les aventures érotiques d’un écorché vif, publié en novembre 2016. Montréalais dans la trentaine, l’auteur est scénariste et auteur de la série d’albums pour enfants, Léo. Avec ce récit, il signe son troisième ouvrage après Sur la 132 et La tempête.

 Mathéo, 35 ans, est le narrateur de cette histoire écrite au je. Éprouvé par une récente séparation, il tente tant bien que mal de traverser cette épreuve sans sombrer dans la dépression. En couple avec Marilou depuis près de quinze ans et père de deux jeunes enfants, sa tendre moitié lui annonce le lendemain de Noël qu’elle a décidé de le quitter. Déchiré par sa rupture amoureuse et par les conséquences de la séparation sur ses enfants, il cherche refuge dans des échappatoires émotives et charnelles.

« Assister à l’implosion de ma vie comme un spectateur de troisième balcon a été pour moi la pire des malédictions. Mais je n’allais certainement pas laisser le dragon me terrasser. J’allais repousser la dépression, sortir de ma torpeur, trouver des outils pour calmer mon esprit et ses obsessions… »

C’est à ce moment qu’il accepte de rencontrer une prêtresse vaudou recommandée par une amie. Apparemment, la chaleureuse Marie-Aimée-Bienheureuse peut lui redonner toute sa vigueur sexuelle, entre autres en lui faisant oublier sa Marilou, et le rendre irrésistible auprès de la gent féminine. Si la sorcière réussit à ensorceler Mathéo, lors d’une séance dont le récit est loufoque, même ridicule – bref, on n’y croit pas une seconde –, il n’en est pas moins perdu. Sous le couvert de rencontres stimulées uniquement par le désir, le charmant étalon oscille entre l’envie de baiser sans lendemain et celui d’aimer et être aimé. N’empêche, il cumulera nuits arrosées et conquêtes érotiques, sans établir de liens significatifs avec les femmes séduites. Ce juste retour des choses ne surprend nullement, car Mathéo peine à s’investir. En outre, il ne se responsabilise pas et pratique peu l’introspection, laissant même planer l’idée que son ex-conjointe avait tous les tords et que l’échec de leur relation repose presque entièrement sur ses épaules.

Un ennui navrant

Par des descriptions clichées et remplies de déjà vu, l’auteur ne suscite ni empathie ni attachement envers son personnage principal. La personnalité égocentrique de celui-ci n’a certes rien pour plaire, sans compter que ce Mathéo nous sert constamment du réchauffé. Tout aussi décevante, la narration des moments intimes est d’un ennui navrant. Le romancier évoque à plusieurs reprises les mêmes procédés sexuels – comme si les plaisirs de la chair se ressemblaient d’une fois à l’autre! –   dans un langage cru, sans intensité, monotone.

« Elle approche son visage du mien. Il est rouge et des flammes illuminent ses yeux. Elle me fixe en se tordant de plaisir. Je sens l’excitation augmenter, atteindre mes couilles et chatouiller mon sexe. Je la mitraille de coups de bassin et explose dans une apothéose digne de mes premières masturbations. »

Heureusement, même si la voix littéraire d’Anctil manque cruellement de rythme et de style, tout n’est pas perdu. Alors qu’une grande maladresse dans l’écriture se fait sentir dès le début, l’auteur dévoile la vulnérabilité de son alter ego en dépeignant plus finement son désarroi et l’amour qu’il porte à ses enfants. Aussi, lors d’un séjour impromptu à Barcelone à la fin du roman, il trace un portrait plus sensible de la réalité catalane lors du référendum de 2015. Cela dit, ne vous attendez pas à une analyse sociale ou politique pointue. Le contenu reste, en général, pauvre.

Puisque peu de romans sont sélectionnés par les éditeurs, il est légitime de se demander pourquoi celui-ci a été publié, alors que tant d’autres sont refusés. Ce roman laisse assurément un arrière-goût de médiocrité et le sentiment que l’intention de l’auteur était d’écrire un roman facile à lire, divertissant et simple dans son contenu. Ce qui peut être très bien en soi, si celui-ci réussit à toucher le lecteur, à l’émouvoir. Il semble s’être soucié davantage d’intégrer chacun des ingrédients nécessaires à un livre à succès, sans y mettre un peu de liberté et d’âme.

Marie-Paule Primeau

Les aventures érotiques d’un écorché vif, Gabriel Anctil, Les éditions XYZ, 2016.