Photo : Marika Hackman (crédit : Pip/PR)

Ça commence à bien faire les tops! V’là le dernier avant le ragoût de pattes, promis. Un original en plus. La crème des « premiers » albums « pleine longueur » de « nouveaux » artistes « en devenir ». On chevronne nos adjectifs parce qu’en musique, le succès n’est jamais garant de l’avenir. Bonne chance et bonne continuation aux recrues de l’année!

10. Shook – Dralms (Boompa Records)

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S’il est vrai que Shook est le premier album de de la formation vancouvéroise Dralms, il ne faut toutefois pas croire pour autant que ses membres ont le nombril vert. Que ce soit en solo, comme Christopher Smith (auteur-compositeur-interprète), ou au sein de collectifs comme Siskiyou, Elias et Failing, ils font partie du paysage de la musique indie britanno-colombienne depuis plusieurs années.

Après nous avoir mis l’eau à la bouche à l’automne 2014 avec le single Crushed Pleats, Dralms nous a titillé encore davantage en mai 2015 avec le lancement de Pillars & Pyre, une relecture d’une pièce déjà enregistrée par Smith pour son dernier album solo — comme si on avait voulu nous fournir une base de comparaison et souligner à gros traits ce en quoi la musique de Dralms était différente de ce à quoi son leader nous avait auparavant habitués.

Ayant comme principaux fils conducteurs la voix planante de Smith et des arrangements sophistiqués qui renouvellent le plaisir à chaque écoute, Shook commence en douceur, finit en puissance et comporte son lot de surprises en cours de route. On navigue agréablement dans un flou artistique flirtant tantôt avec l’électro-pop à la Chet Faker, tantôt avec une sonorité plus Trip-Hop rappelant Zero 7, tout en se permettant quelques incursions dans un univers résolument plus rock. Rarement aura-t-on entendu un premier opus aussi mature et bien ficelé. Sans conteste une des belles réussites de l’année. (Guillaume Francoeur)

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9. Ibeyi – Ibeyi (XL Recordings)

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Elles sont deux, jeunes (19 ans), le plus souvent de noir vêtues, semant peu de sons, mais récoltant un maximum de « wouhous! » sur leur passage. Et, Oh stupeur!, il ne s’agit pas de Milk & Bone, dont l’absence de ce recensement tient simplement du fait qu’on en parle pas mal partout ailleurs. On vous présente plutôt ibeyi – jumeaux en langue yoruba –, duo composé des sœurs jumelles Lisa et Naomi Díaz. L’une (Lisa), introvertie et disciple des grandes divas soul, joue du clavier et chante. L’autre (Naomi), extravertie et fan de hip-hop, bat le cajón et harmonise. L’une et l’autre ont pour père feu Miguel « Angá » Díaz, grand jazzman latin, membre du Buena Vista Social Club. L’une et l’autre, pommes pas tombées loin de l’arbre, ont vite séduit Richard Russell, patron de l’étiquette XL Recordings, homme avisé qui a compris qu’on devait laisser les coudées franches aux frangines. L’album est bien le leur, économe dans le jeu comme dans le propos, soulignant sobrement le passage du temps et le trépas de papa et d’une troisième sœur. Bref, un disque à écouter dans les meilleures conditions, dans le silence autour; une paire à voir live pour être pris par le cœur. (Nicolas Roy)

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8. We Slept At Last – Marika Hackman (Dirty Hit)

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Comment dire? Comment la percevoir? Mettons que Marika est en franche guenille à la lisière d’une forêt triste au jour déclinant. Elle s’y aventure pied nus, plantes sur plantes, sûre sur l’écume de racine, puis jette derrière l’épaule, l’oeil à terre, un regard d’acier en guise d’ultime invite à l’opacification. On se serait tenté de dire « non merci le cafard, Mlle », mais non. On la suit, on s’expose au danger, quitte à se tremper l’ourlet dans le marais insondable de la fraîche mélancolie. We Slept At Last, album tout-d’un-jet, après trois EP réunissant 8 ans de chansons composées-sur-le-lit-d’ado-défait, marque les débuts prometteurs de celle qui tient pour modèle Laura Veirs et pour mentor Laura Marling. On y trouve 12 morceaux d’égale raffinement, simples en version squelette, mais enrobés de fines couches de viandes tendres en studio, sous la houlette de Charlie Andrew, également producteur d’alt-J. Ça donne de nombreuses et délicieuses surprises orchestrales au détour, avec juste ce qu’il faut de retenue, aux bons moments et au bons endroits. Un disque « éclairé », même si sombre. (Nicolas Roy)

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7. Policy – Will Butler (Merge Records)

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Il y a ce qu’on appelle des préjugés favorables. Des artistes qui, avant même de lancer leur premier album, jouissent d’une excitation ambiante, d’un buzz positif. On s’en doute bien : Will Butler est un excellent exemple. Avec Policy, le petit frère du chéri d’Arcade Fire ne pouvait que nous épater… ou s’incliner et retourner à ses premières amours. Il a réussi à faire plus que ça. En plus de nous épater, l’auteur-compositeur-interprète est arrivé à créer un univers musical ultra-riche, qui se détache bien de ses racines. Oui, on sent parfois l’Arcade Fire dans les détours – dans quelques tournures de Take My Side, par exemple –, mais on entend surtout un artiste multi-intrumentiste qui explore en grand. Rock garage, électro-pop, accents rétro, rythmes endiablés, voix qui sacre le camp, FRÉNÉSIE à la Will Butler… Policy, c’est loin d’être un album égal. C’est un peu son antithèse, comme l’ont décrié certains critiques. Pourtant, c’est ce qui fait de Policy un tout intéressant. Un tout qu’on ne sait peut-être pas par quel bout prendre au premier abord, mais qui s’apprivoise au fil des écoutes. Ça éclate, ça éclabousse, et ma foi, ça donne des couleurs. Et c’est beau, sans contredit. (Mélissa Pelletier)

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6. 10 000 – Emilie & Ogden (Secret City Records)

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Après avoir attiré le soleil sur elle grâce à une reprise de Style de Taylor Swift – qui a ce jour a été vu a plus de trois cent mille reprises sur Youtube –, Emilie Kahn, de son vrai nom, a quitté l’ombre pour de bon en octobre dernier avec la parution de 10 000, un album anglophone (oui, il faut bien dire Ten Thousand) dont elle signe textes et musiques. Mais la jeune femme sait s’entourer. Tout d’abord d’Ogden, sa harpe, fidèle complice qui a croisé sa route alors qu’elle avait 18 ans et qui, depuis, l’accompagne sur toutes les scènes; ensuite l’artiste et musicien Jesse Mac Cormack qui signe la réalisation de ce premier disque, paru sous le convoité label Secret City Records, le même que Patrick Watson, The Barr Brothers et Suuns. Avec eux, elle a su transpercer à grand coup de douceur cette solide assurance qui se dégage lorsqu’elle ouvre la bouche et que ses doigts glissent sur les cordes rigides de cet ami peu commun. Profitons de ce palmarès de fin d’année pour découvrir le charme d’une artiste entière qui ne restera pas méconnue longtemps. (Marie-Eve Brassard)