C’est le début des grandes expositions qui perdureront jusqu’à la fin de l’été. Paris suit de près les hauts et les bas au Vatican, le véritable feuilleton papal. Avec la crise, la météo prend aussi parti prenant des conversations. Le mois de mars aura été bien plus glacé que la normale.

 

L’équipe anglaise. Londres à 23 ans.

C’est bizarre, mais la seule personne à laquelle j’ai pensé en simulant ma fuite était notre repasseuse. La pauvre fille avait assisté à toute la scène sans dire, puis rangé discrètement la vaisselle cassée. Elle était pakistanaise et chétive, tremblante presque quand on la frôlait. La communauté pakistanaise est très présente au Royaume-Uni, mais les classes populaires ont toujours du mal à s’intégrer. Surtout depuis le 11-Septembre. Notre repasseuse, c’était vraiment le genre à habiter à une heure du centre, en zone 6, avec un mari violent et des ennuis de visa. Alors nos problèmes de riches…

Je me demande encore quel genre de programme elle pouvait bien regarder là-bas, en zone 6. Peut-être les fameux documentaires de National Geographic. Ou bien Al-Jazeera. Nous ne regardions jamais Al-Jazeera.*»

J’ai été tenté par le roman pour plusieurs raisons. D’une part, car l’auteur a le même âge que moi – ce qui me pique toujours un peu. Et d’autre part, car il était dans une section, minuscule, soit, réservée aux jeunes auteurs. Je crois que l’auteur est déjà très mainstream, mais je doute que ce roman ait joui d’une large tribune.

Killian Arthur est un jeune auteur de 25 ans qui est en est déjà à son deuxième roman. Scénariste, chroniqueur et romancier, il s’est d’abord fait connaître grâce à son roman Glory Boom. Fasciné par la jeunesse d’aujourd’hui, à l’ère de la technologie numérique, du divertissement et de la diversité, Killian Arthur inscrit son deuxième roman dans la même lignée que le premier. Cette fois-ci, l’action se déroule à Londres et elle met en scène un groupe de Français, au début des années 2000, qui tente l’expérience de la vie anglaise.

Ce deuxième roman de Killian Arthur tourne rapidement en rond. Si le début pouvait sembler enthousiasmant, l’ennui s’incruste malheureusement au fil des pages. C’est qu’on assiste à la mise en place d’une atmosphère particulière tout au long du roman, sans nécessairement chercher à lui insuffler un sens et à l’animer d’une intrigue. Les courts chapitres s’enfilent sans fournir de consistance autour des personnages. Ils incarnent des clichés d’expatriés français, sans nécessairement être attachants ou sympathiques. Le portait ne jure cependant pas avec la réalité, mais cette qualité ne peut remplacer l’absence de propos, de discours ou de ligne directrice forte. Où a voulu aller Killian Arthur avec ce roman ? C’est la question que l’on se pose. Certes, on devine rapidement que L’Équipe anglaise se présente comme la genèse du premier roman de Killian Arthur. Néanmoins, l’aspect méta-réflexif des carnets d’écrivain est ici exploité superficiellement, ce qui laisse le lecteur sur sa faim.

 

Prosaïser l’atmosphère 

Tout n’est pas totalement ennuyeux dans ce roman. En effet, comme je l’ai souligné plus haut, le portrait réaliste que dresse Killian Arthur mérite d’être considéré et étudié. Le rythme de la vie londonienne est présenté sous plusieurs points de vue, vécu de manière différente selon les protagonistes. Il suffit aussi d’avoir visité Londres quelques jours pour retrouver l’ambiance anglo-saxonne de L’équipe anglaise. Des quartiers chauds aux parcs où l’on y a chassé tous les sans-abris, Londres cartographié ici avec une sensibilité et une précision fort intéressante. En ce sens, le regard étranger que pose Killian Arthur sur Londres n’est pas dépourvu d’intérêt.

Les tensions raciales s’exacerbent au fil des pages et culminent avec les attentats dans le métro londonien. Ces attentats qui ont eu lieu le 7 juillet 2005, la journée suivant la désignation de Londres comme ville hôtesse des Jeux Olympiques d’été de 2012, et qui ont été revendiqués par les groupes musulmans anglais, apparaissent comme l’épicentre du roman. Bien que cet évènement catalyse certes moins l’imaginaire collectif que celui du 11 septembre 2001, il n’en demeure pas moins important dans l’histoire contemporaine anglaise. L’auteur, toujours en quelques lignes, parvient à saisir l’ambiance de cette glauque journée. La violence du moment est retranscrite dans tout son impact. Ce qui est à noter ici, c’est le refus de tout propos ou image mélodramatique. Certes, un des personnages est porté disparu, mais cet évènement ne fait qu’illustrer le climat d’incertitude et de peur après le drame.

C’est aussi une période très contemporaine sans l’être. C’est le monde avant Facebook. L’auteur y revient souvent. Le rapport aux gens est bien différent. Les rapports interpersonnels sont dirigés dans l’immédiat et non dans le long terme. Les contacts se perdent rapidement. On oublie plus facilement les rencontres. En lisant ce court roman, j’ai été transpercé par une impression de déjà-vu et de déjà lu. Cette proximité avec la réalité est intéressante et m’a beaucoup plu. Toutefois, je n’en retire rien de plus. Comme une enfilade de cartes postales bien jolies qui fait sourire, mais sans plus.

– Sylvie-Anne Boutin

* L’équipe anglaise, Killian Arthur, Paris, Fayard, 2012, p. 127.