Crédits photo: Yanick MacDonald

La pièce Chaîne de montage, présentée au Théâtre de Quat’Sous jusqu’au 21 novembre, met en scène une femme nord-américaine hantée par les sanglants assassinats de jeunes femmes mexicaines. Il s’agit d’un monologue (interprété par Linda Plante) d’une heure vingt planté dans un décor plutôt minimaliste: une rangée de souliers – pour rappeler la mort des femmes – et un mur constitué de plusieurs dizaines de grandes cruches d’eau amalgamées.

Le mérite de cette pièce est de parler de la situation très problématique de Ciudad Juárez, une ville industrielle au Mexique, à la frontière du Texas. Depuis 1993, des milliers de jeunes femmes qui travaillent dans les usines de Juárez se font sauvagement assassiner. Les autorités locales refusent plus ou moins d’enquêter sur le sujet, probablement pour ne pas faire peur aux compagnies qui viennent s’y installer et qui sont soucieuses de leur image (Bombardier, par exemple). La posture paradoxale de la femme nord-américaine capte l’attention au premier abord; elle se sent coupable puisqu’elle consomme des produits à rabais qui sont usinés à Juárez tout en se révoltant contre les conditions des employées de ces maquiladoras.

Mais.

Le metteur en scène, Gervais Gaudreault, en mettant en place un décor simple, un silence presque total et des projecteurs discrets, misait probablement sur l’intensité du texte ou du jeu de l’actrice pour que le malaise ressenti par la femme se rende jusqu’au spectateur. Malheureusement, le ton égal de Linda Laplante, qui s’est maintenu quelque part entre l’indignation et le désespoir pendant toute la durée de la pièce, et l’excès de figures d’amplification et d’insistance (si l’on enlève toutes les répétitions, gradations, et anaphores, on coupe la moitié du texte, juré) lassent le spectateur plutôt que de l’émouvoir

Il est bien difficile d’expliquer pourquoi la pièce n’est pas percutante comme elle voudrait l’être (le metteur en scène parle d’un effet « coup de poing » dans le programme), ni pourquoi les répétitions endorment plutôt que de donner la nausée (procédé pourtant si efficace chez Nelly Arcan). Ce qui est sûr, c’est que la dame qui était assise devant moi peinait à ne pas s’endormir et que la bonne foi personnifiée (ma mère) regardait l’heure à tout instant. C’est dommage, car Chaîne de montage met en lumière une situation affreuse qui doit absolument être connue à l’extérieur des cercles militants. Mais il ne suffit pas de porter sur scène une femme scandalisée pour faire éprouver le scandale.

Alexie André Bélisle

Chaîne de montage, sur un texte de Suzanne Lebeau mis en scène par Gervais Gaudreault, est présenté au Théâtre de Quat’Sous jusqu’au 21 novembre 2014.