Anne-Marie Desmeules nous avait surpris en 2017 avec son premier recueil Cette personne très laide qui s’endort dans mes bras paru chez l’Hexagone, une solide collection de poèmes dans laquelle elle se réfugiait dans la nature pour mieux panser ses blessures. Cette fois, dans Le tendon et l’os, son deuxième recueil chez le même éditeur, elle aborde la maternité avec une noirceur d’encre et un scalpel à la place d’un crayon. Son écriture est franche et limpide, elle émiette ses sentiments dans un langage simple, mais excessivement efficace.

Mon enfant ne peut pas dire que je ne le fais pas vivre.

je l’alimente
avec ce qui me tombe sous la main
feuilles, pommes de pin, sciure

depuis qu’il y a gouté
il ne mangerait que du pain
mais je ne suis pas riche

Je travaille
pour la misère. »

Les poèmes d’Anne-Marie Desmeules sont imbibés d’une noirceur bien réelle, qui fait pourtant un bien étrange à lire, et ce, malgré une certaine violence dans le ton, malgré ces choses qui ne se disent pas vraiment, qui dérangent, mais qui sont présentes bien loin en nous. Des choses qu’on comprend tous, qu’elle nomme pour nous.

Il se pavane
ondule devant les miroirs
il me pique mes robes
se maquille
et prend la pose

Il aimerait que je rie avec lui
ça m’est impossible
avec cette pierre autour du cou
lui jongle avec la sienne »

Le Tendon et l’os est un recueil magnifique, même jusque dans ses recoins les plus obscurs. Anne-Marie Desmeules nous livre des émotions crues, des pensées sauvages. Elle murmure des secrets bien à elle, elle exprime des non-dits avec une rare honnêteté et une grande candeur.

Il me rit au visage
sa bouche fissurée d’un je peux
je saisis au vol
son biceps minuscule
je veux qu’il comprenne
qu’il se souvienne »

Les poèmes d’Anne-Marie Desmeules sont d’une étonnante sensibilité. Et malgré les apparences initiales, cette dureté de ton qui nous prend de court et nous émeut, son écriture demeure chargée de beauté, d’une tendresse manifeste, que toute cette obscurité ne peut arriver à dissimuler.

Mon enfant connaît
les chemins de mon amour
il sait animer
ce qui me tient lieu de cœur

lui qui passe sa vie à m’observer
à respirer par mes pores

il a des rires infectieux.»

Charles Quimper

Anne-Marie Desmeules, Le Tendon et l’os, L’Hexagone, 2019, 79 pages. En librairie dès le 11 mars.