Règle générale, on est confronté à la Shoah via l’école ou la fiction. Pour  Michèle Comtois, les photographies d’archives de son père furent son premier contact avec cette sombre période de l’histoire. Sombre, mais tellement éclairante sur le genre humain. De ce premier contact avec l’indicible, Michèle a développé un intérêt croissant qui l’a menée à l’écriture de son premier roman, Le Tableau de Chasse, publié cet automne chez Héliotrope.

L’Holocauste compte parmi les sujets dont n’aura jamais fini de traiter. Pas que les informations manquent, au contraire; on pourrait remplir des bibliothèques et des cinémathèques d’œuvres qui se sont penchées sur le sujet. Mais, même après les avoir toutes consultées, on ne comprendra  sûrement jamais comment toute une population a pu en arriver aux Ghettos, à Auschwitz… au Bloc 10.

Claire Gerson, a été arrêtée pour avoir mangé un chien (les témoins affirment même que la «sale juive» aura été jusqu’à tuer l’homme qui se trouvait au bout de la laisse pour y parvenir). Pour répondre de ses actes, elle sera laissée aux «soins» de Robert Gustloff. Le S.S aux instincts de chasseur trouve en la mention «artiste-peintre» figurant sur la fiche de sa nouvelle proie, une occasion d’immortaliser sa suprématie. Déplacée au Bloc 10, département des expériences médicales d’Auschwitz, elle sera sommée de faire le portrait du S.S entouré de ses proies. Une entorse au règlement en entraînant une autre, le portrait qu’on voulait figer changera considérablement d’aspect au cours du récit.

Bien que la recherche entourant l’œuvre soit indiscutable – vous remarquerez les noms et les descriptions de lieux – Le Tableau de Chasse ne se concentre pas tant sur les faits que sur les effets du cloisonnement et du traitement inhumain qui fut infligé, entre autres, aux patients du Bloc 10. Des juifs : enfants, jumeaux, vieillards ou handicapés, des tsiganes ou des mains, autant de sujets d’expérimentation poussés aux limites de l’endurance.

Certains subissent et survivent à l’ombre d’eux-mêmes, d’autres, comme la petite Lilian Maisel, s’évadent dans leur esprit et établissent un plan de  «quand même vie». Au contact de l’artiste indomptable et de la petite Maisel, les «patients» du Bloc 10 passeront subtilement de silhouettes grises à individus au grand dam de leur bourreau.

Le Tableau de chasse vous offre un portrait bien différent de celui commandé par Gustloff. Un portrait qui joue sur la profondeur, les lumières et les contrastes pour une lecture étrangement divertissante.

Vickie Lemelin-Goulet