Les auteurs en pleine promotion du livre à Samedi et rien d'autre le 17 août dernier.

Les auteurs en pleine promotion du livre à Samedi et rien d’autre le 17 août dernier.

Le western est au Québec ce que Steven Seagal est à la cinématographie américaine : phénomènes marginaux mais toujours bien actifs, ils sont à la fois adorés par un bassin de fans fidèles et mal aimés par une partie de la population qui les qualifie de ringards. Mais la comparaison s’arrête là, car il n’y a pas encore (et fort heureusement) de festival célébrant la queue de cheval de l’acteur maître en arts martiaux où se bouscule une foule costumée prête à faire la fête…

On connaît le Festival western de Saint-Tite, le Festival country de Sainte-Madeleine, on connaît les Willie Lamothe, Paul Brunelle, Marcel et Renée Martel… Mais que connaissons-nous vraiment sur la culture western au Québec? Comment est-elle représentée dans notre filmographie, dans notre littérature, dans notre mode de vie? Ringard, le western?

Ce sont ces questions, et bien d’autres, auxquelles ont tenté de répondre Jacques Blondin, Melissa Maya Falkenberg et Marie-Hélène Lebeau Taschereau, les trois auteurs de la brique encyclopédique Québec western – ville après ville. Dans cet impressionnant ouvrage qui sera en librairie dès le 29 août, on nous dresse un portrait actuel, touchant et magnifiquement illustré de la culture country-western d’ici.

Avions-nous besoin d’un tel ouvrage au Québec? Marie-Hélène Lebeau-Taschereau (ancienne Moquette coquette et touche à tout dans le milieu de la télévision) au bout du fil me répond que oui, absolument : « Il existe des livres sur le country, mais ce sont surtout des ouvrages américains. Au Québec, ce qu’on voit surtout, ce sont des biographies d’artistes. » Rien ne faisait état du country au Québec, de la façon dont il est vécu ici, de la manière dont on se l’est approprié.

 

De tout… sauf du country

photo (2)Lorsque questionnés sur le style musical qu’ils préfèrent, nombreux sont ceux qui répondent : « J’écoute de tout, sauf du country.» Comment alors expliquer cette quantité phénoménale de disques country conçus de manière complètement indépendante au Québec? Il suffit de se rendre dans les festivals pour constater l’engouement autour de la musique et de la culture country. « C’est un phénomène qui est complètement occulté en ville » croit Marie-Hélène.

Pour Marie-Hélène, ce n’est pas tellement la musique que l’univers qui gravite autour de celle-ci qui la fascine. Elle aime se rendre dans les festivals et constater la grande gentillesse des gens de ce milieu. Elle m’avoue préférer souvent les artistes à leur musique. Ce serait cette grande accessibilité, cette générosité, cette chaleur et cette simplicité qui expliqueraient le succès de ces artistes et la fidélité de leurs fans. On apprend dans le livre que certains fans de Paul Daraîche se sont faits tatoués des paroles de ses chansons. Manon Bédard raconte que ses chansons ont joué à des enterrements… J’ai moi-même constaté il y a quelques années, avec grande surprise, à quel point les spectacles de Georges Hamel attiraient une foule monstre. Celui-ci a semble-t-il vendu plus de deux millions d’albums, un exploit qu’une poignée, voire une pincée de chanteurs québécois peuvent se vanter d’avoir accompli…

Si de son côté, Melissa Maya Falkenberg (à qui l’on doit entre autres la superbe série web Folk toi, folk moi maintes fois récompensée) souhaite ardemment que la musique country sorte de l’ombre, Marie-Hélène se demande d’une part si l’industrie est prête à accueillir ces artistes-là et d’autre part, si les artistes eux-mêmes ont envie de s’y intégrer et de risquer de perdre, machine oblige, une partie de leur liberté artistique… Un cow-boy, dans le fond, c’est toujours un peu lonesome.

 

Le mythe du cow-boy 

Évidemment, on ne peut aborder la culture western sans parler du personnage du cow-boy. Dans Québec western, on le décrit comme un héros moderne qui a tous les attributs du héros médiéval. C’est un cavalier, il est armé et n’a pas peur d’affronter ses ennemis au péril de sa vie pour rétablir l’ordre et la justice. C’est aussi un homme issu du peuple, un travailleur, un self-made man. Il a permis de démocratiser le héros : chacun peut être un héros dans la mesure où il se comporte comme tel.

Dans les premières pages de l’ouvrage, on nous présente Serge Locas, un collectionneur qui a véritablement vécu comme un cow-boy. Il a fait en tout une dizaine de voyages dans l’Ouest, en cheval et tout. « L’histoire de Serge Locas, c’est une porte d’entrée humaine vers l’univers du western » m’explique Marie-Hélène. C’était important pour les auteurs d’aborder le sujet sous cet angle. Sur la couverture, on aurait pu mettre un des membres de la Sainte-Trinité du country (Lamothe, Brunelle, Martel), mais on a plutôt opté pour Sylvain Lamontagne, un monteur de taureaux, un ancien « bum » que le rodéo a sauvé de la déchéance.

Aujourd’hui, ceux qui se rapprochent le plus du cow-boy dans leur style de vie, ce sont les camionneurs dont le livre fait brièvement mention. Le routier a soif de liberté. Seul sur sa monture métallique bien chromé, il pense à sa petite famille qu’il laisse derrière le temps d’un voyage de truck, en chantant « Mille après mille sur la route… ».

En conclusion, si vous vous intéressez un tant soit peu à l’histoire du Québec, ce livre vous plaira à coup sûr. Et si vous êtes fasciné par la culture western, ne vous privez surtout pas du plaisir de vous le procurer. Les photos de Lucas Harrison Rupnik et Melissa Maya Falkenberg, dont l’esthétique est particulièrement intéressante, donnent envie de passer des heures le nez dans ce bouquin. On voit que la recherche a été effectuée avec sérieux et minutie par de vrais passionnés du genre.

– Joakim Lemieux

Québec Western – ville après ville, disponible dès le 29 août aux Éditions Les Malins.