Après la parution de cinq recueils dont trois aux Éditions Poètes de brousse, Nada Sattouf nous revient ce printemps avec Le portrait de ma mère. Dans ce nouveau recueil, la poète d’origine libanaise nous entraîne sur les traces de cette mère dont la présence invisible flotte comme une ombre au-dessus d’un univers aride et tendu. Véritable chemin sur lequel s’engage la voix poétique pour retrouver le fil de ses origines, la poésie de Sattouf plonge dans les foules anonymes et révèle l’accès à la conscience du passé. « [B]ouger la pierre / pour montrer les racines » (p. 53), tel est l’objectif que se fixe cette femme prête à aller jusqu’à ses propres os pour percer le mystère du legs de sa mère.

Le thème du chemin est au centre de Le portrait de ma mère et se décline en plusieurs synonymes : « parcours » (p. 56), « trajet » (p. 39), « routes » (p. 31), « balade» (p.34)… Cet état de transit englobe aussi les gens rencontrés, qui sont des « passants », des « marcheurs », des « passagers » ou encore une « troupe ». C’est dire que cette recherche de la genèse s’effectue non pas dans l’introspection mais plutôt au contact de la matérialité du monde à travers une migration qui est celle de tout un peuple. Et si ce sol sur lequel s’égrènent les pas est à la fois giron et tombeau de l’espèce humaine, il est d’abord et avant tout l’endroit où on creuse quand on cherche des réponses.

Sur le plan formel, le recueil se démarque par une structure stricte à laquelle on ne déroge jamais : chaque page renferme deux strophes de quatre et trois vers respectivement. Exempt de toute ponctuation, le texte se brise au fil des vers pour maintenir un rythme artificiel. Il en résulte une poésie rompue, où la syntaxe se fragmente et devient visible. Mais le jeu a l’avantage de mettre de l’avant une double lecture, d’abord en respectant les pauses que forcent la disposition des vers, puis au gré des mots qui s’attirent et forment des ponts au-delà de la forme.

Enfin, Le portrait de ma mère est un recueil qui ancre sa poésie dans l’omniprésence de la mort, qu’elle soit la nôtre ou celle d’autrui. Car malgré le deuil, la vie suit son cours : « ça meurt seul / comme on part d’une histoire » (p. 14). De même, la voix poétique annonce : « je m’en / vais sans moeurs nuptiales / me muer sur les tombes » (p. 37). Ainsi, la mort, loin d’être stérile, peut être source de transformation, voire de sublimation. Est-ce que chercher le visage de sa mère dans la mort est une façon d’aborder l’héritage de cette dernière? Une chose est sûre, de l’issue de cette quête dépend une renaissance, une possibilité de « [s]’ouvrir une zone qui se mure » (p. 56).

Il y eut une marche tel un départ

coulée de portes sans verrous

l’espace avant une cartographie

d’érosions sommeil confus où

 

les hommes se changent en aigles

pas loin du ciel clos sur ses

vers le portrait de ma mère »

 

– Chloé Leduc-Bélanger

Le portrait de ma mère, Nada Sattouf, Poètes de brousse, 2014.

Le lancement officiel aura lieu le 6 juin prochain. Pour plus de détails, visitez la page Facebook de l’événement.