La semaine dernière, nous assistions au lancement de la 8eme édition du Festival TransAmériques (FTA), événement international de théâtre contemporain, qui présente ces deux prochaines semaines les compagnies québécoises les plus novatrices de notre époque pratiquant la diversité des genres et des expériences scéniques, transgressant les frontières en proposant au public théâtre, danse, performance, formes éclatées et parfois inclassables.

Cette année, le festival s’ouvre sur une création singulière en programmant le No Show, véritable ovni de théâtre allant explorer la dimension performative du théâtre en mettant en avant la notion de performance. Pensé et créé par le Collectif Nous Sommes Ici, le Théâtre Dubunker et Alexandre Fecteau, No Show renouvelle le rapport au spectateur en l’intégrant en tant que décisionnaire du déroulé de la trame du spectacle. Il est ici fait état d’un rapport de force: le théâtre est il dépendant du public? Quel valeur lui accorder? À quel prix s’y vouer?

Interrogations délicates et complexes auxquelles le spectateur est confronté dès le guichet: ayant le choix de payer à un guichet borgne une des 6 catégories de prix allant de 0 à une centaine de dollars, celui-ci estime selon sa propre perception du théâtre combien il devrait déverser pour un show.

C’est ainsi après une courte introduction, que les comédiens confrontent le public à son implication financière en comptabilisant la recette et en fonction de celle-ci, livrent une prestation proportionnelle à ce que la somme récoltée lui permet de faire dans des conditions financières décentes. Il faut alors se séparer de certains comédiens et c’est encore une fois au public de décider par un système de vote. La pièce lève alors le voile sur la précarité des conditions de travail des artisans du théâtre en rendant chaque spectateur partie prenante du déroulé du spectacle.

La suite du No Show est ensuite, comme on peut l’imaginer, assujettie au casting sélectionné par les spectateurs et ainsi inédite pour chaque représentation. S’ensuit alors les performances des comédiens s’adaptant à l’absence de leurs répliques, à la configuration originale de la représentation, proposant un univers entre le réel et la fiction dans lequel ils se mettent à nu, se livrant avec beaucoup d’humour mais aussi une gravité touchante sur la contingence de leur choix de carrière d’artiste.

Développant l’action directe avec le public, l’apostrophant, le singeant parfois, ils nous font rire, nous sensibilisent, exposent leur vérité sur leur condition sans toutefois tomber dans un manifeste arrogant ou stigmatisant. Le jeu est sans fausse note et arrive autant à amuser qu’à émouvoir et l’on peut affirmer sans se tromper que les mécanismes du No Show sont efficients tant le rythme et la justesse du propos sont traités avec une écriture et une mise en scène appropriées, laissant malgré une préparation que l’on imagine sophistiquée une place forte à la création individuelle pure.

On ne peut que recommander d’aller tenter l’aventure du No Show, hybride entre le théâtre et la performance, rempli d’humour et de justesse qui se jouera encore les 3, 4 et 5 juin à la Cinquième Salle de la Place des Arts. Ne serait-ce que pour l’expérience du “Théâtre-réalité” qui repousse les contours de l’art de la représentation et place le spectateur au centre du processus de création.

– Pierre Villepelet