Dans Le mur mitoyen, quatre histoires s’entrecroisent pour former un étrange portrait de famille qui se disperse à travers le temps et l’espace. D’abord, Madeleine et son fils Édouard, dont la réunion et les motifs de celle-ci donneront lieu à des découvertes inattendues. Puis ce sont Ariel et Marie, dont l’amour viscéral qu’ils éprouvent l’un pour l’autre trouvera une explication qui ne sera pas sans conséquence. Viennent Carmen et Simon, qui ont grandi dans l’attente de la même réponse, mais à qui leur mère n’offrira qu’un questionnement déchirant. Et enfin Monette et Angie, petites filles dont le destin esquissé depuis la Géorgie profonde viendra toucher tous les personnages.

Ce deuxième roman de Catherine Leroux offre une réflexion sur l’identité et le rôle que jouent les antécédents génétiques dans la façon de se définir en tant qu’individu, mais aussi en tant que membre d’une famille. Car celles des protagonistes subissent toutes des bouleversements qui les forcent à redéfinir la valeur du lien biologique dans leur vie. Ces cellules familiales seront victimes chacune leur tour d’un éclatement, et le lecteur est témoin de leurs tentatives de s’accrocher à des certitudes quand tous les repères disparaissent. Mais cette vérité qui vient troubler leurs vies, vient-elle les enfermer ou bien les libère-t-elle? Car tels de minces murs qui tantôt protègent, tantôt cloîtrent, la vérité est ici à double tranchant, et le salut des personnages réside dans leur façon de s’en accommoder.

Néanmoins, les situations que vivent les personnages frôlent dangereusement l’invraisemblable; s’identifier à leurs quêtes de certitudes n’en est que plus difficile. Le flou temporel dans lequel baignent les histoires vient s’ajouter à une impression de décalage qui ne s’efface pas avec les derniers mots. Et c’est là le seul défaut de ce livre autrement superbement écrit : cette distance d’avec le réel, qui relaie les luttes de ces êtres touchants au rang d’improbables curiosités. En fait, le roman s’essouffle et perd de son pouvoir d’évocation quand les personnages se retrouvent devant leur nouvelle réalité, car ils entraînent le lecteur dans leur confusion. Mais ce roman n’en reste pas moins intéressant pour la réflexion qu’il pose sur la famille comme vecteur d’identité, et pour son habile jeu de chassé-croisé entre drames personnels et grands questionnements.

– Chloé Leduc-Bélanger

Le mur mitoyen, Catherine Leroux, Alto. En librairie dès le 24 septembre.