Sushi Girl

Sushi Girl est un véritable festin de références et de clins d’œil au public. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder le casting: Mark Hamill (connu pour son rôle de Luke Skywalker), Tony Todd (Platoon, The Rock, Final Destination), James Duval (Donnie Darko), Noah Hathaway (The Never Ending Story, Battlestar Galactica), Michael Biehn (Terminator), Sonny Chiba, Danny Trejo, etc. Effectivement, on est en face d’un hommage aux films de gangsters inter-textuels à la Reservoir Dogs. Si on voit une influence claire de Tarantino, ne serait-ce que dans le découpement de l’histoire (chapitres non chronologiques, divers flash-back, etc), le film ne se limite pas à un vulgaire copié collé.

On suit le retour à la vie normale de Fish, un ancien bandit qui vient tout juste de finir sa sentence de prison. Ses anciens complices d’un cambriolage qui a mal tourné l’attendent de pied ferme afin de l’interroger pour savoir où se trouve le butin volé. Chaque gangster tentera à sa manière de faire parler Fish, et s’ensuivra un affrontement de personnalités plus fortes les unes que les autres. Si le scénario n’est pas extrêmement original, il est tout de même bien ficelé. Mais c’est l’équipe d’acteurs qui est particulièrement efficace. Ceux-ci sont tous bons, sans exception, mais Mark Hamill sort du lot, avec son personnage de truand flamboyant qui perce l’écran.

 

V/H/S

Les anthologies d’horreur sont devenues un sous-genre à part. Pourtant on remarque souvent qu’elles sont inégales ne serait-ce que par leur forme. V/H/S combine l’idée de l’anthologie (dans le cas présent 6 courts-métrages réalisés par 6 réalisateurs différents) avec le concept de faux-documentaire. On suit une bande de voyous qui se plaisent à enregistrer tous leurs crimes avec une caméra d’amateur. Une de leurs missions est de cambrioler une vieille maison et de s’emparer d’une cassette VHS en particulier. Arrivés à destination, ils vont en regarder 5, qui figureront 5 séquences d’horreur pouvant être vues indépendamment.

Les réalisateurs qui ont participé à ce film ne sont d’ailleurs pas des deux de piques : on a droit à plusieurs bonnes recrues du cinéma d’horreur émergent, dont Ti West (The House of the devil, The Innkeepers), David Bruckner (qui avait déjà participé à l’excellent Signal) et Adam Wingard (An horrible way to die). Le résultat est très satisfaisant, et si toutes les séquences ne sont pas parfaites, elles sont toutes originales, effrayantes et différentes les unes des autres. Au menu: fantômes, démons, tueurs et autres.

 

The Doomsday Book

Une autre anthologie, mais de science-fiction cette fois. Le processus est donc un peu différent. Il s’agit de trois moyens métrages dont chacun est réalisé conjointement par Kim Jee-Woon (I saw the devil, The tale of two sisters) et Yim Pil-Sung (Hansel & Gretel). Il va de soi que ce travail d’équipe contribue grandement à maintenir la continuité de ton et de qualité, bien que les trois courts soient très différents les uns des autres. Chacun va, à sa manière, explorer le thème de la fin du monde. “A brave new world” met en scène une épidémie de zombies du point de vue d’un infecté, “The Heavenly Creature” s’interroge sur l’implication d’un androïde qui se serait converti en moine bouddhiste et aurait atteint le Nirvana, et “Happy Birthay” raconte la menace d’un météore assez singulier.

Les trois épisodes se valent par leur coté étrange et leur humour intelligent. Le tout donne un résultat assez particulier, et The Doomdsay Book fera du bien aux amateurs de science-fiction blasés par les remakes. Ici, au contraire, les thèmes de mort et de destruction sont traités avec style, humour et panache. Comme quoi, le cinéma de la Corée du sud n’a toujours pas fini de nous épater.

 

Grabbers

Les comédies d’horreur à la Shaun of the dead sont à la mode depuis plusieurs années, particulièrement dans la Grande-Bretagne, mais rares sont celles qui relèvent le défi d’être pertinentes. Pourtant, quand cela arrive, on a souvent droit à des petits bijoux de divertissement. The Grabbers étonne et séduit par ses personnages issus d’un petit village irlandais au bord de la mer. Une jeune recrue de la police arrive à la bourgade pour remplacer un officier, quand elle se rend compte que la grande majorité d’habitants, y compris son coéquipier, sont des alcooliques finis. Le récit commence donc comme une comédie de duo de flics. Mais l’arrivée de la nouvelle policière coïncide avec celle d’extraterrestres qui se nourrissent de sang.

Il s’avère que ces monstres marins tentaculaires sont allergiques au sang contaminé par l’alcool. Une fois que les habitants du village réalisent la menace qui les guette, il s’enferment tous dans une taverne et se saoulent toute la nuit. S’en suivra une lutte sans merci entre des bêtes féroces et une bande de soûlons désordonnés. Cela donnera lieu à beaucoup de situations cocasses, et si le film est plus long à démarrer que son cousin Attack The Block, la deuxième moitié vaut l’attente.

 

Chained

Réalisé par Jennifer Chambers Lynch (la fille de David Lynch), Chained semble être un autre film de tueur de série comme il en existe tant. Alors qu’il prend déjà une idée originale, quelque fois exploitée par le genre, de suivre le point de vue du tueur (on pense entre autres à Henry, portrait of a serial killer), il exploite d’une manière assez singulière la relation entre le tueur et sa victime. On suit Bob (l’excellent Vincent D’Onofrio) qui kidnappe un jeune garçon qu’il va former pour vivre avec lui et l’aider à massacrer de jeunes femmes. Si le petit va tout d’abord essayer de s’échapper, il va par la suite sombrer dans l’aliénation et une sorte de démence liée au fait qu’il ne sort jamais de la demeure de Bob.

Si l’intrigue semble sanglante, l’effroi demeure essentiellement psychologique. Lynch s’interroge intelligemment sur l’origine de la violence et traite cette relation unique avec une froideur et une précision de chirurgien. Évitant les pièges de mélodrame et de frayeur facile, et ponctuant le récit de rebondissements qu’il est tout simplement impossible de voir venir, elle nous livre ici un opus qui sort du lot. Plus troublant qu’effrayant, Chained tient le spectateur en haleine, tout en le forçant à une réflexion plutôt singulière.

– Boris Nonveiller