Crédit photo: Mathieu Breton

Que ce soit parce qu’elles camouflent leur chevelure en raison de leurs croyances religieuses ou, à l’autre bout du spectre, parce qu’elles exhibent leur poitrine pour faire « décâlisser » un crucifix d’un espace qui se veut laïque, depuis quelques semaines, les femmes et les enjeux entourant l’égalité homme-femme et la condition féminine en général sont bien présents dans les médias. Quelque chose me dit que t’as remarqué, toi aussi. Si on ajoute à cela la pétition contre le concours de Mini-Miss à Laval, le dossier spécial de La Presse sur l’industrie du sexe à Montréal publiée au début octobre et les nouveaux gaminets soft-sexu-menstrues d’American Apparel, ça fait beaucoup de mots, de textes et d’opinions qui circulent, parfois radicalement féministes, parfois d’un féminisme timide ou non-assumé, sur la gente féminine. Certains ont aussi fait preuve d’un machisme révoltant… mais ça ne mérite même pas qu’on s’y attarde. Je n’irai pas là.

Non. Je préfère aller là où on se pose les vraies questions. Parce que si le féminisme et ses différentes déclinaisons, selon que l’on soit pour ou contre le sextrémiste tel que défendu par les Femen, par exemple, font jaser l’opinion publique, les vrais enjeux sont rarement débattus. Heureusement, il y a le Mégaphone.

Ce projet interactif créé par Moment Factory et coproduit par l’ONF et le Quartier des spectacles, permet aux citoyens de prendre parole sur des enjeux de société. Mercredi dernier, on a invité Léa Clermont-Dion à venir s’exprimer et elle a décidé de le faire sur la question suivante : « L’égalité des sexes est-elle acquise? ». Léa Clermont-Dion, surtout reconnue pour être la co-instigatrice de la Charte québécoise pour une image corporelle saine et diversifiée, est aussi fondatrice du projet Les Féministes qui regroupent des portraits de féministes de tous les genres et de tous les milieux. Féministe assumée depuis l’âge de 12 ans, la brillante jeune femme nous a fait réfléchir, moi et la vingtaine de participants, une timide, certes, mais très attentive audience, en cette froide soirée d’octobre.

 

Égalité de droit et égalité de faits : deux réalités

LeaClermontDion-Megaphone9octobre2013-4Il est vrai qu’au Québec, notre société est parmi les plus égalitaires dans le monde, nous a rappelé Léa à plusieurs reprises. Ici, plus personne ne peut refuser l’éducation, un poste, une place en politique ou un accès à un quelconque service sous prétexte que la personne qui la demande est une femme. C’est vrai. C’est aussi vrai qu’il y a des utilisations de l’image de la femme qui ne passent plus, ici. Il suffit de voir la campagne publicitaire française du mois du cancer du sein pour constater à quel point on a fait du chemin…

Mais c’est aussi vrai que malgré toutes ces victoires, il reste encore quantité de défis à relever, ici, comme ailleurs, pour atteindre une égalité de faits, concrète, tangible et non pas seulement légale. À l’Assemblée nationale du Québec, à titre d’exemple, on compte 38,2 % de femmes élues. C’est bien, mais au Rwanda, une loi a été votée pour obliger la parité… Sur le marché du travail, comment se fait-il qu’avec autant de femmes diplômées, elles ne gagnent que 70 % du salaire des hommes?

 

Oser porter les enjeux féministes sur la place publique

Comment faire avancer la cause des femmes, maintenant? Quelles sont les solutions? Est-ce une simple question de quotas? Pour Léa, c’est beaucoup plus que ça : « Ça prend un débat de société. Ça prend une prise de conscience publique. Ça prend une discussion. Ça prend des gens qui osent porter la voix des féministes, qui osent porter les enjeux féministes sur la place publique. »

Tant qu’il y aura une division au sein même du mouvement féministe et tant qu’il y aurait cette peur ou cette réticence éprouvée par certaines femmes à porter le chapeau féministe, comme s’il pesait une tonne ou qu’il était laid à vomir, il sera difficile de faire avancer la cause. Et pour rallier toutes ces femmes, mais aussi toute la population aux enjeux relatifs à la condition féminine, il faudrait encore d’autres soirées comme celle-là à aligner des chiffres et des faits qui prouvent indubitablement que l’égalité des sexes n’est pas acquise.

Et ça prendrait deux-trois Léa Clermont-Dion de plus, aussi.

Le projet Mégaphone se tient sur la Promenade des Artistes et se termine le 4 novembre prochain. Pour plus d’informations et le calendrier, c’est par ici.

– Joakim Lemieux