Crédit photo: Christian Leduc

Aller au Festival de musique émergente de l’Abitibi-Témiscamingue, ce n’est pas seulement faire 16 heures de char aller-retour, passer des soirées rocambolesques avec des hipsters de régions – pareils à ceux de Montréal, mais avec un accent – et voir beaucoup d’arbres, de bucherons et d’orignaux (hormis les arbres, on en voit finalement pas tant que ça, d’ailleurs). Ce n’est pas juste non plus tous les arrêts chez Morasse pour aller chercher l’auto-déclarée “meilleure poutine du monde” à 3 heures du matin, de scionner tout les racoins de Rouyn la belle et de Noranda la jolie, de faire le party avec pleins de nouveaux amis sans arrêt pendant quatre jours ou même les dizaines de conversations fort tranchées sur le dernier EP de cet artiste méconnu devant une bière du Trèfle Noir.

Aller au FME, c’est avant tout aller célébrer la musique émergente ; et pour tout les gens qui, comme moi, sont passionnés de musique: le FME est si proche d’être le paradis sur terre. Les occasions de se noyer dans la musique ne manquent d’ailleurs pas. Entre les spectacles intérieurs et extérieurs, les 5 à 7 de chansonniers et auteurs-compositeurs, les concerts surprises, les lancements de disque, la radio spécialisée du festival et même les spectacles improvisés en fin de soirée dans les vans de tournées stationnées dans les ruelles, ce n’est pas le choix qui manque, mais bien la possibilité de se cloner pour assister à tout ce qu’il y a d’intéressant.

Le FME, qui fêtait ses 10 ans cette année, est une initiative de Sandy Boutin (qui, comme plusieurs le savent déjà, est aussi le gérant du groupe Karkwa – ce qui est aussi peu surprenant à la lumière des nombreux shows comprenant un ou l’autre des membres du groupe lors du festival). L’édition 2012 fût encore une fois un vif succès, avec une participation de plus de 32 000 personnes – dont environ le tiers viendrait de l’extérieur de la région.

Bien sûr, je pourrais parler du formidable spectacle de clôture regroupant Adamus avec Dumas et Jean-Pierre Ferland, de cet événement mémorable où de grands chefs cuisinaient au rythme de djs endiablés ou encore de la forte déception de tant de gens d’avoir manqué le concert de Godspeed You! dû à une majeure pénurie de billets, mais je vais me concentrer à vous donner quelques uns de coups de cœurs (et coups de poing) de ce qui se passait dans les petites salles. À votre itunes store, tous!

MES COUPS DE CŒURS

THE CYBORGS

Imaginez The Black Keys (à l’époque de leur album Attack & Release) avec une tendance métal, une prestance de scène incroyable, une attitude à la Penn & Teller et portant des masques de soudures, et vous avez une bonne idée de ce que The Cyborgs. Le duo italien est composé de Cyborg 0 à la guitare, au chant (avec un micro caché dans son masque) et au déhanchement sur scène, tandis que Cyborg 1, toujours muet, est un véritable homme-orchestre, jouant entre autres du clavier et de la batterie – parfois les deux en même temps. Leur spectacle extérieur improvisé de dimanche est mon meilleur souvenir de la fin de semaine. Si quelqu’un me pose la question à savoir si j’ai déjà eu un musicien à mes genoux qui jouait de la guitare pendant que je jouais de la batterie sur le casque de soudure sur sa tête, je vais pouvoir lui répondre : been there, done that !

 Mon coup de cœur absolu du festival !

 Site officiel : http://thecyborgs.it/new/

 

DAVID SIMARD

Il y a eu bien des blagues dans ma chambre d’hôtel avec le crush instantané que j’ai eu pour David Simard. Non seulement le musicien originaire de Colombie-Britannique (il habite maintenant à Montréal) est-il indéniablement charmant, il est surtout fortement talentueux. Se présentant sur scène simplement avec un tambourin sous un pied, une guitare à la main et une choriste (Brie Nielson) pour l’accompagner sporadiquement, Simard nous offre un indie-folk intimiste et ressenti. Son album, Slower, Lower, joue d’ailleurs à répétition dans mon ipod depuis mon retour du festival.

Site officiel : http://www.davidsimard.ca

 

MESPARROW

Vivement que février arrive pour que le premier album de cette flamboyante artiste française (mais chantant principalement en anglais) nous parvienne ! Quelque part entre CocoRosie, St. Vincent, Zooey Deschanel et Diane Dufresne, Mesparrow est hypnotique et envoûtante en spectacle. J’ai particulièrement été fascinée par ce que je pourrais qualifier de « seamless looping », où l’artiste mélange du son préenregistré et de l’enregistrement en direct, et ce, sans jamais que le rythme de la chanson soit altéré. Une très belle découverte.

LES SŒURS BOULAY EN SPECTACLE

Quand l’énorme buzz entourant les sœurs Boulay est arrivé en mai passé, suite à leur première position au Francouvertes, j’ai évidemment été écouter leur EP récemment sorti et honnêtement, ma réaction fût plutôt froide envers le duo ayant définitivement une esthétique épurée et vaguement fleur bleue. Ma surprise fût donc grande quand je suis tombée sous le charme des sœurs lors d’un de leurs trois concerts fort courus au Trèfle Noir. Rafraichissantes, avec une complicité palpable et des textes encrés dans le réel (je pense ici particulièrement à leur chanson Mappemonde), les sœurs Boulay méritait de loin leur deuxième chance avec moi.

Site officiel : http://lessoeursboulay.com

 

LES PERCUSSIONS DE HALF MOON RUN

Il est rare de voir un groupe qui génère un si grand engouement avant même la sortie de son premier album, comme ce fut le cas de Half Moon Run avec Dark Eyes. Gardant la tradition, le groupe a présenté un des concerts les plus commentés dans les conversations du lendemain. J’ai personnellement surtout succombé à la qualité de leurs percussions en spectacle ; il est rare de voir sur scène de voir trois membres sur quatre d’un groupe afférés à la batterie ou à des tambours, et le résultat était électrisant !

Site officiel : http://halfmoonrun.com/darkeyes/


COUPS DE POING

LE SHOW DE TIMBER TIMBRE

Qu’on se comprenne bien ; j’adore Timber Timbre et j’avais si hâte à ce spectacle (qui se passait dans la superbe salle de L’agora des arts, tout de suite après les ci-haut mentionné David Simard et Half Moon Run). Malheureusement, le groupe ontarien, ayant pour chanteur principal Taylor Kirk, était loin d’avoir son énergie de scène habituelle. Sans compter la mauvaise qualité du son qui enlevait beaucoup à l’expérience – les paroles de chansons étant souvent quasi-incompréhensibles. Déception pour un groupe qui livre habituellement si bien la marchandise.

Pour ceux cependant qui ne connaitrait pas cette excellente formation :

 

 LE MANQUE DE RESPECT DES CERTAINS SPECTATEURS

Je sais que c’est toléré. À la limite, c’est même courant et attendu dans les spectacles extérieurs (et mon opinion sur le sujet ne signifie pas que je suis pour). À ceux que ça concerne, gardez donc au minimum les conversations. Le show est bon, d’accord, on peut le dire d’un court souffle. Mais on vient pour entendre les artistes, pas les dialogues du voisin (bien sûr, collé à soi par la manque d’espace) sur son après-midi. Je ne peux pas vous dire beaucoup sur le spectacle de Julien Sagot présenté samedi soir, mais je peux vous raconter en long et en large la date de mon voisin de droite et les problèmes du petit dernier de la femme qui était juste en face de moi…

ET UNE INCERTITUDE…

La vidéo de promotion officielle du FME 2012 est remarquable, tombe parfaitement dans mes goûts esthétiques et me fait tout simplement tripper. Cependant, j’ai beau tenter toutes les interprétations sémiologiques possibles, je ne peux toujours pas comprendre le rapport d’une danseuse de ballet avec des bois d’originaux (ça, ok), un bec d’oiseau et une scie dans les mains (je vois le lien bûcheron et de représentation de violon, d’accord) qui fini par se pendre… avec un festival de musique émergente. Mais bon, c’est ben ben beau. (C’est ça l’important, non?)

En tant que journaliste, couvrir un festival de musique a aussi voulu dire courir d’une salle de spectacle à l’autre pour couvrir le plus de matériel possible, marcher à m’en faire des ampoules, passer mon temps à chercher une connexion wi-fi pour être sûre de ne pas manquer un show surprise, passer d’innombrables coups de téléphones avec des attachés de presse pour organiser des entrevues, avoir d’innombrables coups de téléphones avec les attachés de presse pour apprendre le changement d’horaire des entrevues, manger des petits sandwichs triangulaires en attendant mon tour pour parler à tel ou tel artiste, des 5 à 7 et des cocktails à la chaîne, un foie toujours engorgé d’alcool de la veille, un manque chronique de sommeil, bref ; c’est un vrai bonheur et comme vous l’aurez deviné, j’ai déjà incroyablement hâte à Pop Montréal pour vous trouver une panoplie de nouvelles découvertes musicales ! En attendant, surveillez bien au cours des prochains jours les entrevues que j’ai réalisées en Abitibi.

– Marie-Paul Ayotte (Emmpii)