Crédit photo: Caroline Laberge

«À quelle sorte d’humanité ce monde-là peut-il donner naissance ?

Écoute mon amour.

Écoute ma fille.

Écoute la rivière

 

Bienvenue dans un monde troublant et cru. Un univers tellement affreux, que chaque détail a un potentiel de beauté décuplé. Bienvenue dans le trou de la femme montagne, qui a été pénétrée par « mille hommes et mille chevaux ». Une femme aux cheveux de feu qui accueille Chose, la conséquence des sévices subis. À l’aide de marionnettes (merveilles créées par Leigh Gillam), José Babin et Nadine Walsh présentent le conte de la femme montagne, créé pour dénoncer les mauvais traitements trop souvent infligés aux femmes en temps de guerre.

Quelle guerre? Aucune et n’importe laquelle en même temps. Le monde de la femme montagne s’inscrit dans un non-lieu, où le temps passe rapidement… Et parfois tellement lentement. Cette distance permet d’aborder le sujet de la pièce sans verser dans la violence extrême ou la vérité trop nue. Dans l’espace sablonneux créé par José Babin, on peut enfin aller dans le vif du sujet. Parler de la souffrance grâce à une voix hors-champ et les notes de violon de Guido Del Fabbro. Mais les femmes, elles, ne prononceront jamais un mot. Ce sont plutôt les gémissements, les rires et les pleurs qui prendront le dessus sur la parole. Parole arrachée, piétinée? Dur à dire. Mais ce silence crie.

Le fil blanc suit son cours, alternant agressions et accalmies. À travers l’horreur, des générations de femmes. Des femmes qui tentent de faire changer le cours de l’histoire, conscientes d’avoir un certain pouvoir. Et peu importe le sacrifice, elles sont prêtes à tout pour que la violence arrête. Les séquelles de la cruauté sont palpables, autant chez les marionnettes qui s’éloignent de plus en plus de la forme humaine.

On sort de la salle en ayant l’impression d’avoir assisté à quelque chose de grand. Une pièce intelligente, réfléchie, belle. À voir.

– Mélissa Pelletier

 

Le fil blanc – Théâtre Incliné

Un texte de José Babin, d’après le conte de la Femme-montagne de Francine Alepin, José Babin et Nadine Walsh.

Jusqu’au 20 octobre

Conservatoire d’art dramatique de Montréal, 4750 de la rue Henri-Julien, Montréal