Il y a près de trois ans, une amie m’a invitée à aller voir Arthur H. en spectacle à Laval. Oui, oui, même la ville banlieusarde a accueilli les bras ouverts et une salle pleine ce chanteur et musicien français, Arthur H. a l’étoffe des grands artistes, le charisme des débutants et l’humour sombre des légendes. Il est l’authenticité même. Il séduit par son innocence et amadoue par sa franchise. Sans masque ni flafla, il rit de lui-même au même titre qu’il rit de nous; sans méchanceté, intelligemment, l’œil taquin d’un enfant.

Si l’artiste est grand, l’homme en lui est encore bien petit et pur. Philosophe ténébreux, il regarde la vie parfois avec couleurs, parfois en noir et blanc, sans répulsion, avec grandeur d’âme.

Arthur H. a publié récemment un recueil de poésie, de petits contes, de prose intimiste : Le cauchemar merveilleux. Ses écrits révèlent une candeur parsemée d’idéalisme et de réalisme. Arthur défie ses cauchemars. Il se fait roi, il se fait pion, il se fait homme, il est paradoxe.

La vie comme paradoxe

« Tous les hommes, sans exception, veulent être des femmes (…) Les hommes mâles sont, pour la plupart, des femmes blessées, des femmes malheureuses qui méconnaissent leur nature précieuse. »

À l’intérieur de ses petits contes, l’auteur y va de prose, de poésie, d’enchainement vigoureux sur les thèmes qui le tiraillent : l’enfance, la sexualité, l’art, l’homme et ses paradoxes humains. Les textes sont crus, fous, hors norme. Et c’est ce qui fait la renommée de l’artiste!

Loin de tomber dans le spleen infernal du questionnement infini, Arthur H. peint ses réflexions d’espace, de vide, de temps qui n’est rien, des pensées qui sont tout. Il souffle sur la violence qui jalonne la réalité de nos jours et en fait des copeaux oniriques. De la peur, il crée l’enthousiasme de l’enfant qui défie les monstres. De l’amour, il crie le silence et en réduit la distance.

Ne sachant comment occuper sa détresse, il (l’homme) construit, massacre, chante, invente. Mais ça n’est pas suffisant à sa folie et dans le secret de sa blessure il élabore une vengeance plus cruelle : il pénètre. Il fait l’amour à la femme avec ténacité, douceur, profondeur et agressivité et la femme apprécie cette vengeance qui la révèle parfois à elle-même. »

Les mots défoncent et séduisent. L’incertitude se déploie en constats. On est très loin des « hommes de mars et femmes de vénus ». On est près de notre vérité.

L’enfance est un cauchemar merveilleux

Oreilles chastes et cœurs virginaux s’abstenir. Arthur H. est un artiste insolent et révélateur qui n’a point besoin de votre écho. Ses disciples l’aiment et le suivent. À prendre ou à laisser.

Les artistes sont des bâtards multiculturels au sang impur, des prostituées au grand cœur qui mangent à tous les râteliers de l’auberge espagnole. »

Arthur H. est reconnu pour sa franchise désarmante. On gagne à découvrir la plume de l’artiste à travers Le cauchemar merveilleux. Pas de réponse, pas tant de contestation, une écriture provoquante certes, mais révélatrice de l’homme dans ses cauchemars les plus primitifs. Car tourmenté, l’homme l’est depuis l’enfance. L’homme est peur et par son sexe, il se définit être apeuré de l’autre sexe. L’enfant vit ses peurs sans chercher à les comprendre. L’artiste déjoue ses peurs en les décortiquant.

«  Les artistes connaissent l’art de la chute et ils se relèvent avec une grâce si perverse qu’elle en devient comble d’innocence. »

Les pages sont barbouillées d’amour, de sexe, de spiritualité et de terreur. Un cauchemar sans fin. Un cauchemar qu’on apprivoise et avec lequel on vit. Car si le monde est laid, il peut être beau, et c’est sur ce constat qu’Arthur H. a gravé son œuvre. Il y a toujours deux côtés à une médaille. Pile ou face.

On peut affirmer qu’Arthur H. a saisi l’ampleur des deux côtés sans tomber dans les clichés, les contestations et le tout ou rien. Ses réflexions sont bouleversantes et inspirantes. À lire avec ouverture.

– Élizabeth Bigras-Ouimet

Le cauchemar merveilleux, Arthur H., Actes Sud