Envie d’un dépaysement total? D’une découverte littéraire intéressante? D’un premier roman mature et rafraîchissant? Le brodeur de Bianca Joubert, paru en septembre dernier, réunit tout ce dont vous pouviez rêver.

Le brodeur est un roman de grandes rencontres. D’abord, le lecteur est témoin d’une rencontre entre une femme, la narratrice, et un pays, le Burkina Faso. Cette Occidentale débarquée en Afrique pour un voyage humanitaire s’imprègne avec curiosité et émerveillement d’une culture et d’un environnement qui lui étaient jusque-là totalement étrangers. Par ce récit de la découverte du village de Bokin, le lecteur goûte la sécheresse environnante, le sable brûlant, le rythme de vie d’une lenteur lancinante et le silence ambiant. Les personnages rencontrés au fil de l’histoire sont à la fois chaleureux et mystérieux. Toujours un peu méfiants et intrigués face à cette « nassara : l’étrangère venue d’un pays lointain, où les gens doivent être très riches ».

En parallèle à cet aspect culturel, Le brodeur c’est aussi, et surtout, l’histoire de la rencontre d’un homme, le brodeur, qui changera à jamais la vie de la narratrice. En plus de vivre une passion amoureuse hors du commun, les deux personnages seront liés d’une façon peu banale. Effectivement, cet homme au désir de justice plus fort que tout s’est donné comme mission de faire « connaître au monde la vérité » et la narratrice aura un rôle important à jouer dans ce projet. C’est par le biais du personnage de Salaam, un ami du brodeur, et de son récit de leur grande aventure pour quitter le pays clandestinement que la narratrice pourra s’engager afin « que les grands faiseurs de malin […] aient le sort qu’ils méritent ».

À travers une écriture épurée, dénudée, sans fioritures, Bianca Joubert donne à lire un texte exotique au message fortement politique où la nature environnante devient un personnage en soi. Un roman brodé de mystique et de magique qui dépeint un peuple écorché, mais fier et festif malgré tout. Un dépaysement qui ébranle et qui émeut. Le seul aspect négatif de cette belle lecture est que certaines formules ou comparaisons sont un peu convenues, voire déjà vues (« La morsure de l’absence, comme une faim terrible qui gruge les entrailles. »), ce qui tranche avec la plupart des images originales et poétiques créées par Joubert. Malgré tout, ce roman se distingue par sa thématique et son décor. Un véritable vent de fraîcheur dans l’univers des premiers romans québécois des dernières années. À lire et à partager!

– Julie Cyr

Le brodeur

Bianca Joubert

Les Éditions Marchand de feuilles, 160 pages