Crédit photo : Julie Artacho

Le Brasier, texte écrit par David Paquet est actuellement sur les planches du Théâtre d’Aujourd’hui avec des supplémentaires jusqu’au 22 octobre prochain. Cette pièce, jouant entre le drame et le rire, explore l’hérédité, et surtout le poids de l’horreur à travers les générations.

Présentée originellement au festival Jamais lu en 2009, une version retravaillée mise en scène par Philippe Cyr est portée à la scène par Dominique Quesnel, Paul Ahmarani et Kathleen Fortin. Un travail d’équipe qui met de l’avant plan une pièce originale. Autant sur la forme en triptyque que sur le contenu.

Le Brasier raconte d’abord l’histoire de trois triplées : Claudette, Claudine, Claudie.  Celles-ci sont enfermées dans la perception de leur mère et ses éternels reproches. Elles vivent leur histoire dans une solitude que seuls les échanges au téléphone interrompent.

Une solitude dans laquelle Claudette élève un fils qui désire la brûler. Claudine ment à son thérapeute et parle à ses biscuits qui « goûtent le cul ». Claudie a le temps de mettre un enfant au monde sans que personne ne s’en aperçoive. De cette histoire découle la seconde, celle d’un couple et, une troisième, celle d’une femme solitaire en proie à des pulsions qu’elle condamne. Ces récits partagent le lien du sang comme les personnages. C’est ce que suggère la trame de la narration. Le fils de Claudette et la fille de Claudie sont ce couple maladroit qui donne naissance à cette femme solitaire qui combat ses démons en achetant des bibelots. Ces histoires forment un cycle, une ronde sans fin avec cette idée sous-jacente que la folie est une malédiction qui se transmet.

Crédit photo : Julie Artacho

Crédit photo : Julie Artacho

Les comédiens Dominique Quesnel, Paul Ahmarani et Kathleen Fortin traversent les trois segments avec un naturel assez déconcertant. Le trio change de visage et d’identité, nous tire les larmes et le rire à leur gré. Leur jeu rejoint à merveille le caractère émotif et parfois maladroit des personnages. Il faut noter l’agréable surprise de voir Paul Ahmarani jouer le rôle d’une femme.

La solitude des personnages est omniprésente dans la pièce et l’écriture caustique de David Paquet l’exacerbe dans les moindres détails. Ce repli sur soi pousse à l’immobilisme ou à un tragique dénouement. Tout le monde semble rechercher ce brasier, intérieur ou réel, pour s’y perdre, pour renaitre, pour sentir la vie, se connecter aux autres. David Paquet pense que la grande famille humaine s’effrite et sa création sonne l’alerte. Les briques de la solitude sont bien celles que l’on pose nous-mêmes.

Rose Carine Henriquez

 Le Brasier est présenté au Théâtre d’Aujourd’hui jusqu’au 22 octobre.