Cet hiver, Héliotrope ose avec Gwénaëlle Aubry qui signe un essai surprenant sur une écrivaine et poète méconnue au Québec, Sylvia Plath. Lazare mon amour, ce petit opus écrit sur le ton du monologue, a d’ailleurs été lu dans un festival littéraire français l’an dernier. La reprise du texte sous forme de livre lui donne un souffle incomparable : aussitôt la lecture entreprise, on ne peut s’arrêter.

Sylvia Plath est une poète et romancière américaine qui naquit en 1932 et qui se suicida à Londres le 11 février 1963. Elle fut l’épouse de Ted Hughes, un poète remarquable qui reste à ce jour détesté des admirateurs de Plath. Leur histoire d’amour fulgurante et tumultueuse est souvent mise de l’avant lorsque l’on aborde leurs œuvres respectives, mais Gwénaëlle Aubry ne se laisse pas aller à ce genre d’observation. Elle a su dresser un portrait honnête de la jeune femme avec ce qu’elle a eu d’excessif, de maladif, mais aussi en se laissant guider par son aura de femme forte et courageuse qui avait a cœur l’écriture.

Il faut dire qu’Aubry semble s’être particulièrement immergée dans les écrits de Plath avant d’entreprendre de rédiger cet essai. Le livre est parsemé d’extraits des journaux intimes de Plath ainsi que de sa poésie. Plath s’est beaucoup interrogée sur la place que prendrait l’écriture dans son expérience de la maternité. Sylvia Plath voulait être tout. C’était ce à quoi elle aspirait. À travers l’écriture, elle pense atteindre ce rêve. À travers la maternité aussi. « Elle se cherche un nom, une filiation, elle traque la formule du mélange entre l’écriture et la vie : mais c’est comme si elle était aussitôt dérivée vers la mort − comme si être une femme et vouloir être tout ne pouvait aboutir qu’à ce résultat : être rien du tout. »

Comme il est impossible de devenir tout, d’accomplir tout, de réussir tout, la poète se retrouve souvent dans des impasses, des périodes dépressives et noires qui ne font que miner ses espoirs et ses ambitions. Aubry a su bien exposer cette facette si intrinsèque de la personnalité de Sylvia Plath sans la poser en victime, ce qu’elle aurait probablement détesté. Aubry lui rend un sublime hommage avec Lazare mon amour, une ode fine et sentie à son travail, à sa courte existence et à son courage. Il était impossible pour Plath de devenir tout, elle aura cependant été une femme entière et vraie.

Extrait:

« Il faut dire aussi qu’on est à la fin des années cinquante et qu’elle n’a pas vraiment de modèle : d’un côté, les mères-épouses des magazines, vitrifiées dans leur cuisine, de l’autre les vierges folles, Woolf, Dickinson, ces autres sœurs stériles de Perséphone, qui, elles ont choisi, sacrifié l’une de leurs fécondités. Mais a-t-on jamais de modèle quand on veut être tout, porter à la fois des « enfants lourds qui sentent bon » et des mondes imprimés, et avec cela être aussi le corps où un homme s’ancre et se noie? »

Elizabeth Lord

Lazare mon amour, Gwénaëlle Aubry, Héliotrope, 2016.