« En 2017, le Parti québécois a complètement disparu; en 2019, la langue française est devenue optionnelle au secondaire; en 2020, le gouvernement fédéral a rétabli la peine de mort et le Québec n’a pas bronché. Ça vous fait quoi? »

Québec 2022. Gilles Duceppe revient au Québec après une retraite de dix ans en Suisse. La défaite du Bloc Québécois en 2011 l’a amené à quitter sa terre, son rêve d’un Québec libre, d’un Québec bleu, à quitter ses repères amers où le NON s’inscrit en majuscule sur les bulletins de vote. Les Québécois sont tels des personnages mis en scène selon le script du gouvernement. On gouverne les gens comme des marionnettes.

Et les vrais artistes dans tout ça? Exilés. Le gouvernement a désormais interdit tout film en sol québécois. Duceppe croit-il toujours en son « pays »? Croit-il toujours en le OUI? Peut-être…

Le Québec en 2022 est ancré plus que jamais dans ses vieux schémas et vacille entre ses « peut-être » et sa perpétuelle crise identitaire. L’assassinat du président d’Olivier Morin et Guillaume Tremblay s’inscrit dans la même lignée que leurs deux précédentes œuvres, Clotaire Rapaille : l’Opéra rock et Épopée Nord; on renvoie au peuple sa propre dérision, son débat existentiel et sa constante soumission.

N’allez pas croire que les auteurs rient de vous, Québécois, Québécoises! Mais vous devrez vous tenir debout face à leur procès! Si vous êtes tannés de vous faire traiter en cons, cessez d’agir en cons! Aucune pitié pour votre déchéance et encore moins pour votre manque de conviction! Les auteurs Morin et Tremblay vous lanceront certes la pierre, mais avec faits et raisons. Vous devrez assumer les ricochets.

Ne bronchez pas! Assumez-vous enfin!

Gens du petit peuple

La pièce de théâtre de L’assassinat du président a été présentée au Théâtre La Chapelle à Montréal dans le cadre du festival Zoofest 2012 et a reçu le prix Coup de cœur des médias. Elle a été reprise en 2013 au Théâtre d’Aujourd’hui.

Avec l’humour noir et la franchise qu’on leur connaît, les auteurs du livre L’assassinat du président nous offrent une fois de plus des personnages colorés inspirés de faits réels et hallucinés : Serge Postigo aide Gilles Duceppe à parler plus clairement en vue du prochain référendum; Pauline Marois désire Duceppe au même titre que sa place au Parti; Biz chantonne et détonne des vers sans hiver et les gens du petit peuple se soumettent à un référendum chaque année. Nous ne sommes pas très loin de la réalité, hein?

La politique décrite ressemble à une comédie musicale et satirique dont nous sommes les héros. Ni la poésie ni les beaux paysages du Québec ne viennent à bout de ses barrages intérieurs qui l’ébranlent depuis des décennies : les Québécois veulent prendre leur place, mais à l’orée du choix, ils rebroussent chemin.

« Le cœur, les tripes, c’est la même affaire, Gilles… Au Québec, tu peux dire tout ce que tu veux; en autant que tu sois touchant. Les Québécois aiment pas réfléchir, Gilles…Tout ce qu’ils veulent, c’est “ressentir” des émotions, tu comprends? »

Gilles Duceppe se présente donc devant la foule, fier, légèrement nerveux, les yeux toujours aussi bleus, en parlant selon le « langage du cœur », un langage qui rejoint toutes les nations, un langage inventé, mais universel…

La réalité d’aujourd’hui est toujours actuelle en 2022. Sommes-nous voués à tourner à l’intérieur de notre roue, comme des hamsters en cage, sans savoir où nous allons, vers quoi nous nous dirigeons? Les convictions d’aujourd’hui seront-elles les débats de demain et ce pour quoi on lutte avec acharnement ne sera-t-il que souvenir d’une guerre, d’une grève, d’un printemps érable rapidement oublié?

On assassine les maires peu importe le parti, peu importe les décisions. Les Québécois préfèrent jeter le blâme sur le gouvernement qu’ils ont eux-mêmes élu plutôt que d’assumer et comprendre de leurs erreurs.

Ils ont eu le choix. NOUS avons toujours eu le choix. Subir ou agir.

Pauvre petit peuple…

Plus ça change, plus c’est pareil

« Tu me demandes ce que j’aurais fait dans une situation glissante comme celle-là? Ben… La seule chose débile qui contente un peuple fâché pis qui a aucune incidence sur quoi que ce soit : une commission d’enquête. »

Charest. Un homme de bon conseil.

« Gilles… Faut je te dise… T’es encore en danger… Sauve-toi! »

Marois. Une femme passionnée.

Les politiciens sont toujours en danger. Duceppe a été élu. Le Québec est enfin un pays. La foule se soulève.

Mais des menaces grondent autour de Duceppe. Qui veut sa peau? Une souffleuse se dirige droit vers lui!! Qui oserait en venir à l’acte? Qui sont ses alliés fidèles, entre tous les politiciens et les artistes qui passent en revue dans le cadre de Duceppe? Qui sont ses ennemis parmi les gens du peuple? Qui aidera l’homme encensé un jour, condamné le lendemain? Qui?

On a assassiné le président.

De nouvelles lois de sécurité sont écrites sur le champ. L’indépendance du Québec est invalidée. Le Canada reprend la province sous tutelle.

La langue du cœur ne peut rien. Les émotions non plus. On a assassiné le président Duceppe. On a assassiné l’indépendance.

Mais qu’à cela ne tienne! Deux artistes reprennent rapidement le flambeau; la langue du cœur touche toujours les gens du petit peuple. Que les animateurs de radio le crient, que le peuple hurle, le Québec réclame (encore) son indépendance!

Et la fin? Vous ne croyiez pas que j’allais vous dévoiler le punch du livre! Oui? Désolée… Je me fais agace et vous invite à vous procurer L’assassinat du président si vous osez!

Je vous laisse sur ces mots imprimés à l’endos du livre afin de stimuler votre réflexion :

« L’assassinat du président […]. C’est un appel à la confrontation de nos peurs identitaires, ainsi qu’une réflexion sur l’affranchissement par rapport aux guerres invisibles qui divisent le Québec; une souffleuse qui passe dans l’hiver de nos complexes. »

Élizabeth Bigras-Ouimet

L’assassinat du président, Oliver Morin et Guillaume Tremblay, Éditions de Ta mère, 2015