C’est d’abord le calme et la grâce qui émanent de L’Arche d’Anote. Une mer d’une beauté vertigineuse.  Une modeste embarcation vogue au large d’une île luxuriante. Des enfants jouent. Une femme coupe des fruits. Un couple pêche amoureusement dans les eaux peu profondes entourant leur île. Il y a cohésion entre humains et territoire.  On ne croirait pas que derrière ces images se cache une situation de crise, où les habitants de la République de Kiribati font face à l’annihilation. Les îles ne se trouvant qu’à un mètre au-dessus du niveau des mers, elles seront les premières à être engouffrées par les effets du changement climatique.

La République de Kiribati a longtemps été sous le joug du Royaume-Uni, alors que ses îles étaient exploitées pour son phosphate.  Ce n’est que lorsque les mines ont été fermées, en 1979, qu’elle a pu obtenir son indépendance.  Il est assuré qu’elle ne profitera pas de son émancipation très longtemps et il est d’autant plus enrageant que cet ultime tribu est le résultat de décisions prises par autrui.

Pour sonner l’alarme, le documentaire de Mathieu Rytz met en parallèle les réalités de Sermary Tiare, mère de famille, et Anote Tong, président de la République Kiribati, tous deux en quête d’une terre d’exil pour les leurs. Sermary entreprend un difficile processus d’émigration en Nouvelle-Zélande afin de sauver sa famille et Anote mène une campagne internationale de sensibilisation écologique afin faire réaliser aux nations dominantes que ce qui arrive au peuple Kiribati arrivera à l’humanité entière.

La caméra sensible de Rytz, le montage sobre de Oana Suteu Khintirian et de Mila Aung-Thwin et la musique de Patrick Watson créent un film intime et réfléchi enveloppé d’une aura de tristesse.  Les quêtes des personnages ont en commun de les voir se heurter à la même passivité bienveillante de ceux qui refusent d’accepter l’urgence de l’enjeu. Une scène en particulier suscite des questions. Sur une plage de la Nouvelle-Zélande, Sermary caresse un cheval en entretenant sa propriétaire de son pays. Devant l’ignorance de son interlocutrice quant à l’existence même de ce territoire, on est droit de se demander : la République de Kiribati disparaîtra-t-elle dans l’indifférence ?

Le film de Matthieu Rytz fait mal, en ce qu’il est difficile de ne pas y voir l’absurde mort annoncée de l’humanité. Alors que notre bon premier ministre vient de faire tache en donnant le go aux pipelines, il devient évident que notre nation contribue activement au malheur de la République des Kiribati. Pire, que nous accélérons son tragique destin. Bravo Justin!

– Rose Normandin

L’Arche d’Anote est présenté à la Cinémathèque québécoise depuis le 10 juin 2018.

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