Crédit photo: Sophie Gagnon-Bergeron

L’auteure québécoise Dominique Scali est débarquée, sans que personne ne s’y attende, avec un roman étonnant, À la recherche de New Babylon, une sorte de western existentialiste se déclinant en plusieurs temps en un lieu lointain et une époque révolue: l’Ouest américain du XIXe siècle.

Mettant en scène un pyromane qui échappe à la pendaison neuf fois sur dix, un prédicateur aux mains coupées, une femme cherchant désespérément à prendre mari, un hors-la-loi mythomane, le roman de Dominique Scali ne manque certainement pas d’imagination et peut compter sur une solide prose, toute en beauté.

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Premier roman fort réussi puisqu’il est en lice pour un prix littéraire prestigieux: celui du Gouverneur général du Canada. Un peu effrayant comme situation? L’auteure se confie: «Non ça ne fait pas peur, je suis étonnée. C’est inattendu. En écrivant un western, je croyais me retrouver isolée, rester underground, intéresser juste un ou deux bizarres en quelque part. Mais les critiques ont embarqué, les gens aussi, là, la traduction en France, le GG… Tout ça, je le prends! »

À la recherche de New Babylon nous présente plusieurs personnages en quête de bonheur, en quête de mieux, de la vie idéale, ayant tous un fort désir de liberté. Celle-ci semble être un thème fort chez l’écrivaine, qui a beaucoup voyagé à travers le monde. L’Ouest américain, avec ses grands espaces, offre-t-il une liberté particulière à ceux qui le fréquentent?

«Le livre est une critique, un hommage à la quête de liberté qui nous habite tous. Les personnages sont libres de contraintes et cherchent la liberté mais ne la trouvent pas. La liberté est un cul-de-sac.»

En choisissant le western comme mode d’expression, Dominique Scali emprunte ici une métaphore, celle du vide. Le vide qui vient avec la liberté, avec l’absence de contraintes. «La loi nous amène une sécurité. Vivre sans lois comme c’est le cas dans l’Ouest, c’est la liberté totale mais c’est aussi le vide, il n’y a pas de sécurité. Si on prend l’exemple de Pearl, elle est libre de vivre différemment mais il y a dans sa vie un vide d’homme. La liberté c’est l’absence de contraintes», raconte celle qui a mis plusieurs années à écrire son livre.

«Je fonctionne par trips. Ce livre m’a pris quatre ou cinq ans à écrire. Mon processus a comporté deux parties. Pendant la première, qui a duré quatre ans j’écrivais de petits chapitres, des scènes sans cohésion, je consommais beaucoup de films, beaucoup de livres. Puis j’ai pris du recul et j’ai réalisé que j’avais un roman là-dedans. Durant la dernière année, ça a été plus un processus d’écriture active durant lequel j’ai tenté de lier les scènes ensemble, de trouver un fil conducteur.»

Auteure de l’imaginaire, une foule de sujets la captivent ou nourrissent son imagination:  «Ce sont des phases en fait, principalement historiques. J’ai d’ailleurs failli étudier en Histoire. Je suis une grosse trippeuse médiévale par exemple. Je vais d’un trip à l’autre, mais je reste toujours collée à l’Histoire. »

Ses admirateurs devront par contre attendre un certain temps avant de pouvoir lire son prochain essai; en effet, à court terme, rien de prévu pour elle.

«Un autre roman éventuellement, oui c’est sûr Mais comme mon cycle d’écriture est assez lent, ça risque de prendre du temps. Mais je ne suis pas pressée.»

Charles Quimper

Dominique Scali, À la recherche de New Babylon, La Peuplade, 2015.

Pour lire la critique de notre collaboratrice Elizabeth Lord, c’est ici.