Pour faire suite au lancement double du Groupe Nota Bene au Port-de-tête pour la poésie du Lézard Amoureux et de Triptyque, Carole Forget, précédée par Amélie Hébert et Les grandes surfaces, délivre son dernier recueil de poésie intitulé Langue de départ.

Voyage et langue

Toute une dimension de l’ailleurs borde le texte de Forget tandis qu’on s’immisce, nous lecteur, dans ses réflexions et ses errances (on retrouve Haïti au tout début, et on devine d’autres lieux moins explicitement nommés). Les premiers tableaux reflètent l’environnement où s’ancre la poétesse et où elle puise son inspiration avant de livrer le cœur de son projet.

La langue, principale préoccupation de l’auteure, est riche et soutenue, contient des termes recherchés et des mots en langues étrangères. Pourtant, rien ne ralentit la lecture, les mots de Forget coulent dans ses strophes comme d’une source naturelle. Enfin, l’intérêt vient de son goût pour la langue, en particulier celle de la traduction. En effet, le titre du recueil, Langue de départ, évoque la première étape de traduction, choisir la langue avec laquelle le traducteur commence son travail, la visée avant le lancer.

Traduction immersive

À deux reprises dans la lecture, on retrouve le mot soliloque. Et si ce recueil n’est pas lui-même un long soliloque, une conversation intime du soi à soi? Par moments, même, on approche de l’essai : « concilier les signets les relier / aurais-je raté ce basculement / ce que désigner délivre / de l’imaginaire pour un réel retour ». C’est comme si l’auteure guide, consciemment ou inconsciemment, le lecteur dans les étapes de réflexion que nécessite le long travail de traduction. On assiste au déploiement d’un pan de la littérature pas souvent abordé, encore moins en poésie telle qu’on la connait ici au Québec. Toute cette conception de l’intériorité de la traductrice-poète attise les curiosités et le désir de poursuivre sa lecture.

Si l’on va encore plus loin dans cette lecture, il est possible de percevoir un aspect carrément immersif. La frontière entre traduction et traductrice devient parfois poreuse :

« le soleil traverse les archives me dénudent / comme derrière la vitre / une saturation / rien ne précède l’aéroport / dates et angoisse tout l’engrenage / en plein jour / une exclamation ce corps me manquera / était le mien »

L’italique qui devance la fin de ce poème sort en quelque sorte du temps, nous fait insister, en tous les cas, à une certaine importance de ne pas appartenir banalement au reste. Puis l’on découvre ce qui appartient à la narratrice, la poète et traductrice. Toutes ses entités mêlées les unes aux autres, dans ce corps. C’est une exquise surprise. Une question reste en suspens à la fin du recueil : à quand la sortie de Langue d’arrivée?

– Victor Bégin

Langue de départ, Carole Forget, éditions Triptyque, 2018.

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