L’angoisse du poisson rouge, le plus récent roman de Mélissa Verreault paru plus tôt ce mois-ci chez La Peuplade, se déroule en trois temps. Tout d’abord, Emmanuelle, jeune graphiste d’une trentaine d’années, est un peu perdue. Peut-être parce qu’elle ne sait pas s’attacher à un homme, peut-être parce que sa soeur jumelle est décédée lorsqu’elles venaient de naître, peut-être parce que son père est mort lorsqu’elle était adolescente, peut-être aussi parce qu’elle n’a pas une bonne relation avec sa mère. Probablement un peu à cause de tout ça. Alors qu’elle cherche son poisson rouge disparu, elle trouve sur sa route un bel italien, Fabio, assez aventureux pour la suivre dans ses péripéties parfois farfelues.

Ensuite, on se transporte dans le temps. Durant la Seconde Guerre mondiale, Sergio est au combat, loin et sans nouvelles de sa famille. Il rencontrera ensuite Luisa qui deviendra sa femme, et la grand-mère de Fabio.

Pour terminer, c’est du point de vue de Fabio que l’on retournera en Italie, à la suite du décès de Sergio, son grand-père adoré. Il se recueille avec sa famille et avant son départ, sa grand-mère lui remet une boîte de la part de son grand-père, boîte qu’il n’ose pas ouvrir en Italie et qu’il découvrira avec Emmanuelle.

On le voit d’emblée, c’est un projet d’envergure auquel s’est attaqué Mélissa Verreault, projet qui mêle les voix de plusieurs personnages, de plusieurs nationalités à différentes époques. C’est d’ailleurs très réussi et vivant comme structure narrative, et celle-ci apporte vivacité et une trame intéressante à suivre. L’auteure sait aussi apporter des teintes bien particulières à chaque partie du roman. Les thèmes centraux du roman sont aussi bien développés. On s’interroge sur la famille, sur les liens qui unissent les membres d’une même famille. Le passé est évoqué, est-ce que celui-ci doit immanquablement teinter l’avenir? Sur quoi reposent vraiment les relations d’amitié? Beaucoup de questions soulevées restent par contre à demie répondues.

On peut s’imaginer que la réflexion des personnages s’est ensuite poursuivie, mais pour le lecteur, une sensation d’histoire suspendue persiste. Des filons puissants ne sont qu’effleurés, par exemple la perte de la soeur jumelle ou l’esprit de fuite qui habite Fabio, et auraient gagné à être exploités davantage. Peut-être retrouverons-nous Fabio et Emmanuelle plus loin sur leurs parcours, leurs blessures du passé pansées, sur la voie d’atteindre leurs rêves?

– Elizabeth Lord

L’angoisse du poisson rouge, Mélissa Verreault, La Peuplade, 2014.