Présenter son troisième album, quand on est une des artistes les plus aimées de la scène alternative, qu’on fraie son chemin avec quelques-uns des musiciens les plus talentueux du Québec, et bref, qu’on s’appelle Marie-Pierre Arthur, ça peut être porteur d’une certaine pression. Et visiblement, l’artiste n’y a pas complètement échappé en lançant Si l’aurore hier soir.

Un brin fébrile, la musicienne – dont la basse est l’arme de prédilection – s’est présentée sur la scène du cabaret de La Tulipe bien entourée. François Lafontaine – toujours aussi en feu – aux claviers, Samuel Joly à la batterie, Joe Grass à la guitare… Un regard vers tout ce beau monde et hop, elle est partie. C’est quand son fils, Loulou, a lancé un cocasse « Maman? Je suis là, maman! » , faisant éclater de rire la salle de spectacle bondée, que la tension a baissé d’un cran.

Plantée sur une scène où effets de lumières flirtaient avec une fumée plutôt abondante, une Marie-Pierre Arthur pleine d’énergie a présenté d’une voix parfaite les pièces chaudes, sensuelles de son troisième effort. Si l’aurore, la pièce-titre, Le silence, Comme avant, Rien à faire

Une musique chargée, riche, presque grasse d’arrangements divers. Comme un pied de nez à l’austérité, au folk rock simple senti de ses débuts. Il faut dire qu’avec les inspirations de nombreux courants musicaux, de diverses époques, le côté épuré qui faisait le charme de l’artiste a royalement pris le bord. C’est plutôt à une explosion, une orgie musicale, que le public a eu droit.

Et c’est bon, mauvais? Laissez-moi le plaisir (de tenter) de demeurer impartiale. Disons seulement qu’on peut en venir à se poser une question bien dérangeante en se dandinant sur les rythmes d’un autre temps d’Arthur: si ce n’était pas de l’excellent premier album éponyme en 2009 et d’Aux Alentours en 2012, l’intérêt aurait-il été au rendez-vous? Parce que soyons clair: si ce nouvel album a lui-même ses forces, il est malheureusement le pâle petit frère de l’œuvre de l’artiste. À cause de la nouvelle direction? Pas nécessairement. C’est seulement moins habité, moins senti. Ou moins bien rendu, plutôt.

Je vous mentirais si je vous disais que je ne me suis pas ennuyée des concerts tout en finesse, du son si joliment planant de Marie-Pierre Arthur. Victime de nostalgie? Absolument.

– Mélissa Pelletier 

Marie-Pierre Arthur sera en spectacle au Club Soda le 26 février prochain à 20h, dans le cadre de Montréal en lumière.