Crédit photo : Patrick Mével

KPLR, groupe de la vieille capitale, lance aujourd’hui un premier long jeu intitulé Déséquilibre. Les Méconnus ont piqué un brin de jasette avec Frédéric B. Girard, bassiste et chanteur du groupe.

Nicolas : Question de base : qui êtes-vous et d’où venez-vous? Parle-moi aussi des circonstances de la rencontre des membres du groupe et de vos premières séances de jam.

Frédéric : J’ai rencontré David, le guitariste du groupe, dans un bar de Québec, pendant un show de jazz. On est devenu des amis assez rapidement. À cette époque-là, j’avais déjà en tête l’esquisse d’une chanson qui s’est retrouvée sur notre premier maxi. Quelques semaines plus tard, on s’est réuni pour se lancer des idées et jammer. Son coloc batteur s’est vite joint au projet. Peu de temps après, on commençait déjà à travailler ensemble. C’était à l’hiver 2012. On est entré en studio pour la première fois en avril 2012 pour notre EP, qui est sorti officiellement en juin 2012. C’est en gros notre point de départ.

Nicolas : Aviez-vous un plan de match ou une idée maîtresse pour l’album?

Frédéric : Plus ou moins… on s’est attelé à la composition de nouvelles chansons assez rapidement après avoir réalisé le EP. On s’est rendu compte qu’une nouvelle tangente semblait se dessiner. Il faut dire que 2013 a été une année vraiment difficile pour chacun de nous. Une année lourde et sombre marquée par la mort et beaucoup de malchance. Je crois qu’on retrouve un peu de tout ça dans les chansons. Le groupe a été une source de soutien psychologique pour nous tous. Il nous a aidé à passer au travers. Donc, il n’y avait pas vraiment d’idées préconçues. On ne s’est pas arrêté sur un concept, avec un titre établi et toutes les thématiques qui peuvent tourner autour du terme. L’approche a été beaucoup plus intuitive et naturelle. C’est à la toute fin du processus qu’on a pris conscience que le mot [Déséquilibre] réunissait toutes les chansons. Notre show en général et l’interprétation des pièces sont encore intimement liés au titre de l’album.

Nicolas : Une autre question de fond : peux-tu me décrire votre son?

Frédéric : Je dirais que c’est un mélange de rock psychédélique avec des accents de grunge, de rock progressif et de shoegaze…

Nicolas : On entend un peu de vieux Pink Floyd de l’époque Syd Barett dès Prologue, dont la finale fait penser à la pièce Astronomy Domine. Est-ce que ça fait partie de vos influences?

Frédéric : Oui, Pipers At The Gates Of Dawn est pour nous un album marquant. Tout comme Red de King Crimson.

Nicolas : Donc beaucoup de rock progressif et psychédélique des années 1970?

Frédéric : Oui, c’était des influences marquantes avant et pendant le processus d’enregistrement. Yes aussi pour les harmonies vocales. On écoute par contre plein de musiques plus contemporaines. On a récemment découvert The Ghost Of A Saber Tooth Tiger, le nouveau projet de Sean Lennon. Midnight Sun est un excellent album de rock psychédélique.

Nicolas : Pour se frotter  à du King Crimson et du Yes, ça prend du doigté et un peu de virtuosité. Êtes-vous des musiciens scolarisés ou autodidactes?

Frédéric : Je ne crois pas qu’on ait atteint le même niveau de virtuosité, quoique David (le guitariste) a une solide formation en jazz. C’est son premier band de rock, mais il n’a pas peur de jouer dans les dissonances et de franchir les barrières. J’ai étudié en musique aussi, mais sans terminer mes études. J’ai plutôt commencé à jouer dans les bars dès l’âge de 21 ans. J’ai surtout appris par moi-même.

Nicolas : Lâcher l’école, c’est habituellement la meilleure chose à faire.

Frédéric : Oui, j’ai vraiment développé ma propre façon de travailler et d’approcher la musique. Il a fallu que j’apprenne à désapprendre ce que j’avais acquis durant mes études. Quand on essaye d’être créatif et d’aller plus loin, une formation musicale peut devenir un boulet. La technique peut entraîner des tics.

Nicolas : Une question pour un membre de groupe émergeant. Comment perçois-tu l’industrie de la musique au Québec?

Frédéric : C’est comme n’importe quelle industrie à la sortie d’une période de crise, du moins par rapport à l’ancien modèle des années 1980 à début 2000. Je crois que les étiquettes qui ont bien négocié le virage numérique, comme Bonsound, se portent plutôt bien. Il y a de  l’espoir. La scène émergente est vivante, les artistes se soutiennent et les blogues culturels sont très actifs. En tant que band indépendant, on n’a pas à se plaindre. On a tout fait par nous-mêmes et on réussit à diffuser notre musique grâce à Bandcamp. Il y a selon moi un changement depuis deux ans, jusque dans les radios, depuis les albums de Karim Ouellet et Louis-Jean Cormier entre autres. On devrait survivre à tout ça.

Nicolas : Vous êtes de Québec. À quoi ressemble la scène musicale là-bas?

Frédéric : C’est très cool. Ça a vraiment changé. Notamment avec Le Cercle qui a ouvert ses portes dans un quartier complètement revigoré. Et ça continue de grandir. C’est vraiment une belle scène, avec beaucoup de bons groupes et de bons artistes. Encore une fois, on n’est pas à plaindre.

Nicolas : Donc pour le lancement?

Frédéric : L’album sort officiellement le 25 novembre (aujourd’hui). On fait un 5 à 7 au Divan Orange, en espérant qu’il soit encore ouvert (rires). Ensuite, c’est jeudi le 27 à Québec, au Petit Impérial.

Propos recueillis par Nicolas Roy et Anise Lamontagne