Cette note, laissée par un professeur sur la première version que François Désaulniers a écrit de L’Aiguilleur, si elle laisse un tantinet perplexe, traduit plutôt bien ma position face à l’œuvre.

L’Aiguilleur est un être surnaturel, un concept qui se matérialise et prend forme humaine pour poser un regard à double niveau sur le commun des mortels. Au restaurant, au parc ou à la libraire, aucune réflexion n’est entièrement à l’abri  de cette instance narrative complexe qui met l’accent sur les petites curiosités de la vie urbaine et  qui est marquée d’un souci de démystifier l’autre tout en se préservant de ce dernier. Tanguant perpétuellement entre observateur et participant,  le lecteur se voit adopter diverses positions, jusqu’à ne plus être certain de la sienne.

Dans la façon qu’il a d’aborder l’urbanité, la psyché humaine de même que dans son questionnement du livre en tant que médium, l’écrivain laisse deviner un amour féroce pour la littérature postmoderne. Les Perec, Calvino, les Nabokov et les Auster de ce monde figurent, hors de tout doute, sur la liste des auteurs de prédilection de François Désaulniers.

Pas étonnant alors que le lecteur se voit un peu largué. D’ailleurs, si les pistes sont troubles, ne comptez pas sur l’auteur pour vous faciliter la tâche; je dirais même qu’il renchérit plutôt en multipliant les références littéraires et cinématographiques qu’il parsème d’autoréférences, complexifiant ainsi la toile formée par la structure et l’enchevêtrement des narrateurs.

Bon, je n’ai peut-être pas tout compris à la première lecture,  mais la bonne nouvelle est que l’écriture portant ce texte lourd en subtilités est suffisamment forte et humoristique pour supporter à la fois le texte et le lecteur, de sorte que ses énergies sont ménagées et qu’une fois le livre terminé, il est prêt à se lancer dans l’exercice de la relecture sans risquer la crise nerveuse.

Vickie Lemelin-Goulet

 L’Aiguilleur. François Désaulniers. Éditions Druide, 2013.