Curieux adon, je me suis retrouvée deux fois en deux semaines face à une pièce de Martin Crimp, auteur anglais connu notamment pour sa tendance à la déconstruction et son cynisme.

Comme j’avais grandement apprécié Face au Mur et que je suis une fervente des comédiens Sophie Cadieux et Alexis Martin, c’est avec quelques attentes que je suis allée voir  La Ville, présentée à l’Espace Go depuis le 28 janvier.

Un  décor épuré, quoi qu’il vienne proposer certaines possibilités de mise en scène, par la présence d’une multitude de paliers de diverses hauteurs qui viennent tantôt créer une distance, tantôt suggérer et renforcer des rapports de force entre les personnages.  Un couple dans leur (on se l’imagine) chic appartement. Voilà. Je me rends compte en voulant vous en faire un résumé, qu’il n’y a pas tant d’histoire, sinon celles que l’on extrapole du quotidien. À la rigueur, l’histoire serait celle de la vie du couple davantage que ce qu’ils se racontent l’un l’autre à la fin de leurs journées. L’histoire d’un couple  rongé par l’usure;  de deux solitudes qui ensemble, forment un vide plus grand.

Le problème, c’est que, cela m’a laissée totalement indifférente, enfin, pas tout à fait, j’ai également ressenti de l’irritation à certains moments, mais pas une irritation réglée, calculée; plutôt une impression que quelque chose qui, dans l’ensemble, ne collait pas, doublé d’une totale absence de volonté de découvrir ce que ça pouvait bien être.

Tentant néanmoins de me soumettre à l’exercice – critique oblige – je comprends mieux. Ce ne sont pas tant les voix désincarnées, la quasi-inertie des personnages, non plus que le peu de déploiement de l’histoire que le faux accent, l’accent «français international» emprunté par les comédiens qui vient jurer avec le tout et qui donne davantage une impression de «surjeu», qu’il ne vient créer l’effet de distanciation vraisemblablement recherché. Comme le phénomène est uniforme, je dois en conclure qu’il s’agit là d’un choix de mise en scène, ce qui me mène au questionnement suivant : «pourquoi avoir choisi un si bon casting si c’était pour tuer leur naturel désarmant?»

À mon humble avis, à avoir trop avoir voulu se coller au texte, on a perdu la fluidité de la pièce. Changer quelques noms de villes n’aurait rien changé à «l’intrigue» et aurait rendu davantage justice au talent des comédiens et de l’auteur.

Pour vous faire votre propre opinion :

http://www.espacego.com/saison2013-14/la_ville.php

– Vickie Lemelin-Goulet