La vie sauve, troisième recueil de Jonathan Lamy et récipiendaire du prix Émile-Nelligan, est dédié « aux guerriers et aux guerrières de la tendresse » et se termine par ces vers « Un cargo de tendresse rasera la ville ».

Ce livre est un appel entre le vide de cette vie et le désespoir camusien qui frôle l’idée du suicide, cette « inépuisable violence d’être au monde.» Mais il existe aussi « La vie frêle où nous accrochons nos cœurs/ à de petits clous de joie où je veux…marquer le corps au fer de l’affection. »

Ce texte est d’une beauté pure et d’une lucidité sans concession sur les oppressions qui enclavent nos vies. Un recueil où la langue concise et simple est d’une rare et indéfectible efficacité. Des vers brefs donnés comme des coups de poings continuent leur résonnance et forent le sens que nous tentons de donner à nos vies. « Nous sommes heureux/ crachons du sang ». Point d’attendrissement dans ce parcours où le poète utilise l’ellipse qui donne la précision du rythme et souligne la force du propos. « Je te l’ai dit/ nous tenons/ je le répète/à peu de choses/rien que ça/ qui s’en va. » Tableau minimaliste, une vrille au cœur du désastre.

La dernière section du recueil « Viens dans mes bras », tout en conservant le même ton, donne une autre teinte au rien que ça. « Mon sexe dans le tien/ le ciel s’éclaircit……nous sommes des espérés…nous nous défoncerons d’affection. » Cela est dit et bien dit. Rien de salvateur, mais une joie toute petite un îlot d’oxygène pour savoir que « ce qui n’est pas la vie/ disparaîtra. » Les humains resteront, continueront les défaites, les combats. À cela le poète sait que nous n’y pouvons rien. Reste la poésie, « les visages aimés », la tendresse des guerriers.

La poésie est constante recherche, avancée vers la découverte et les méandres de la/sa langue. Le cercle sans fin qui gravite autour du texte qui se fait, se défait et se refait. La vie sauve nous offre la maîtrise de cette langue. l’unité de ton accompagne le lecteur jusqu’à la fin, le lecteur qui devient le poète tant Lamy sait jouer de cette langue avec simplicité, cohérence et force. Une langue inscrite et préoccupée de son époque soutenue par une syntaxe rigoureuse qui cogne aux tempes, au cœur, aux tripes.

Il me faut souligner l’illustration judicieuse de la première de couverture Tête en bouche de Louis Fortier, artiste autodidacte de Québec engagé socialement et artistiquement. Image-sculpture qui n’est pas sans évoquer le malaise d’être en ce monde, d’être au monde à l’instar du recueil.

Au Québec et ailleurs les recueils de poésie ont la vie brève. Je souhaite que ce recueil poursuive sa voie dans une certaine pérennité.

Notre condition d’homme y gagne en lucidité.

Monique Adam

La vie sauve, Jonathan Lamy, Éditions du Noroît, 2016.

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