Règle générale, l’individu est aussi outré en apprenant que le climat d’une prison est tendu au possible et que la qualité de vie de ses occupants s’en trouve ressentie, que lorsqu’on l’avise que ces mêmes détenus ont la possibilité de continuer leur études en prison à même les fonds publics. Cette ambivalence vient sans conteste d’une méconnaissance du sujet et forcément des enjeux qui s’y rattachent.

Je ne serai pas l’ultime lanterne, qui pleine d’entrain, vous offrirai une visite guidée pour vous dire ce qui est vrai et ce qu’il ne l’est pas. À Bordeaux, ça pose problème et, par ailleurs, c’est en s’y attardant seulement qu’on peut s’en faire une idée. Le réalisateur Mohamed Lotfi s’y affaire depuis 1990, d’abord avec l’émission radiophonique Souverains Anonymes et, depuis octobre dernier, aux capsules de La vie devant soi. Il vous y convoque pour une rencontre avec des détenus qui ont décidé de se concentrer sur la suite des choses et qui avaient envie de le dire aux gens qu’ils rencontreraient en sortant : vous.

Des capsules vidéos, chacune personnalisée selon la loquacité de l’intervenant du jour, présentent le message des différents détenus. Les souverains baissent le masque pour révéler leurs couleurs : un poème, une chanson, une idée ou une œuvre, leurs aspirations futures. La famille et les études; car oui, les études sont au palmarès des motivations, suivies de près par : « être libre ». La vie devant soi offre une autre facette, où devrais-je dire un visage, à un groupe qui fait partie du lot. Et ça permet de ne pas tout analyser d’un bloc.

Est-ce que tout est beau, tout est parfait? Non, tout le monde veut en sortir, justement.

Pour certains, c’est un processus de plus longue haleine, pour d’autres il suffit d’une incarcération, à chaque parcours ses aléas. « Qu’on soit dehors à Bordeaux ou sur la rue, c’est la même démarche pour avoir la vie devant soi», des paroles bien senties de Mario St-Amand dans le cadre d’une capsule.

Comme pour Souverains Anonymes, l’idée c’est de créer un rendez-vous. Le projet n’est pas figé, puisque Mohamed veut qu’il s’inscrive dans la durée. Les présentations vont bon train, pour garder le contact :

http://www.souverains.qc.ca/vie.html

– Vickie Lemelin-Goulet