Crédit photo: François Brunelle

La Vénus à la fourrure est le roman le plus connu de l’écrivain autrichien Sacher-Masoch, célèbre notamment pour avoir inspiré le nom donné à la pratique masochiste. En 2010, le dramaturge américain David Ives a enflammé le monde du théâtre américain avec sa pseudo-adaptation du roman, La Vénus au vison. La pièce a en effet connu un grand succès, Roman Polanski en fait le sujet de son prochain film, et le théâtre Duceppe le présente cet automne jusqu’au 19 octobre avec une mise en scène de Michel Poirier.

La pièce n’est effectivement pas une adaptation à proprement parler du roman, mais plutôt l’histoire d’une potentielle adaptation. L’intrigue est présentée sous forme d’audition, que Thomas, un metteur en scène arrogant et blasé, fait passer à une jeune actrice en apparence inculte mais pleine d’ambitions. À la lecture de la pièce, adaptée du roman de Sacher-Masoch par Thomas, les deux protagonistes finissent par philosopher sur le propos du texte, sa contemporanéité, et les réflexions sociales et sexuelles qui en découlent. Ce huis clos savamment orchestré fait monter la tension entre deux inconnus qui finissent par devenir assez intimes par truchement d’un roman du dix-neuvième siècle.

Dans l’affrontement psychologique des protagonistes et l’avancée nerveuse de l’intrigue, la pièce est particulièrement réussie. Même s’il y a certaines réflexions un peu naïves vis-à-vis du texte original, certains thèmes sont très bien exploités. Hélène Bourgeois Leclerc et Patrice Robitaille se sont véritablement donnés dans ce texte, et leurs interprétations sont très viscérales, mais malheureusement, souvent à côté de la plaque. On ne les en blâmera pas, leur jeu est excellent, le plus grand problème de la pièce résidant dans la direction d’acteurs. Le personnage de l’actrice est joué d’une manière assez fade et le ton est souvent faux, optant pour le grotesque quand il devrait être sérieux. La scène du rêve est sans doute le meilleur exemple, gâchant un très beau texte au profit de quelques rires qui n’arrivèrent même pas (parce que la scène ne s’y prête tout simplement pas). La mise en scène est pas mal simpliste, et commet le pêché du bon vieux cliché du mur en miroirs, reflétant le public en même temps que les acteurs. Ce n’est à proprement parler pas une mauvaise représentation, simplement un peu décevante, quand on s’aperçoit du potentiel du texte original.

– Boris Nonveiller

La Vénus au vison, présenté jusqu’au 19 octobre au théâtre Duceppe.