Dans son deuxième roman, Gabriel Anctil nous entraîne dans l’histoire récente pour nous faire vivre un huis clos à saveur de verglas. Campé en 1998, La tempête raconte quatre jours d’enfers pendant lesquels un adolescent de quatorze ans, Jean, est amené à découvrir des secrets de famille et à voir ceux qui l’entourent sous un nouveau jour – et pas forcément leur meilleur.

La panne d’électricité généralisée force Jean et ses parents Louis et Marie à se réfugier chez la mère de cette dernière, chez qui réside également Arthur et Manon, frère et belle-sœur de Marie. Assez rapidement, la cohabitation devient difficile et les anciennes rancœurs refont surface. Pris entre une mère abonnée aux calmants, un père qui ne rêve qu’à s’évader, un oncle colérique, une tante hargneuse et une grand-mère qui croit pouvoir régler tous les problèmes du monde en commandant du St-Hubert, Jean étouffe. L’exploration de la maison qu’il entreprend pour se changer les idées prendra une autre tournure lorsqu’il découvrira qu’il n’a pas à chercher bien loin pour que la vérité lui soit révélée.

Si replonger dans l’atmosphère qui a caractérisé la crise du verglas peut être une expérience étonnamment nostalgique, le roman d’Anctil n’a pas beaucoup plus à offrir que ces quelques bouffées de souvenirs. Il y a d’abord l’écriture, qui aligne bout à bout les clichés les plus banals : « L’atmosphère était lourde comme du plomb et Marie avait l’impression de courir à sa perte. Mais il fallait panser les blessures et libérer les spectres du passé. » Entre les dialogues qui sonnent faux – quand ils ne sont pas entièrement constitués de sacres – et les pensées prémâchées du personnage principal, il ne reste plus grand place pour une prose nuancée, une prose qui sert à autre chose qu’à délivrer une information brute et strictement utilitaire.

Les personnages ne sont guère mieux. Arthur est perpétuellement fâché, il claque les portes, cogne dans les murs et s’époumone sur le thème de « Tu vas voir, le jeune, que dans la vie… » Manon, quant à elle, répète inlassablement des variations autour de « Si t’es pas content, t’as qu’à rentrer chez toi ». C’est à qui sera le plus désagréable. De l’autre côté du spectre, on a les parents de Jean et Irène, la grand-mère, tous absents physiquement ou psychologiquement. Jean est donc par défaut le seul être doté de gros bon sens, celui qui devine les complots et décèle les incohérences dans le discours de ceux qui l’entourent. Incroyablement clairvoyant pour son âge, Jean, à la manière d’un héros de roman jeunesse, viendra sauver sa mère des griffes de ces malappris grâce à sa fine compréhension de la psyché humaine et à ses talents d’enquêteur en herbe.

Oui, La tempête de Gabriel Anctil est bel et bien un roman pour adulte; pourtant, à voir la grossièreté des traits des personnages et la linéarité de l’intrigue, on se croirait plutôt dans un livre pour adolescents, langage cru en extra. Ce n’est pas tant la révélation finale qui surprend – on l’a, après tout, deviné aisément – mais plutôt la présence de ce titre dans la collection « Quai no 5 » des éditions XYZ. Comme quoi cette jeune collection a peut-être visé un peu trop… jeune.

Chloé Leduc-Bélanger

La tempête, Gabriel Anctil, coll. « Quai no 5 », XYZ, 2015.