Photo: Laure Morali

C’est dans la jolie salle du Lion d’or que nous a accueillis Laure Morali mardi dernier alors qu’elle présentait, dans le cadre du Festival international de la littérature, le spectacle littéraire La route des vents. Accompagnée sur scène par Joséphine Bacon, Jean Désy, Natasha Kanapé-Fontaine, James Noël et Rodney Saint-Éloi ainsi que par les musiciens Guido del Fabbro et Lou Babin, la poète proposait un périple à travers le Nutshimit en passant par la Gaspésie et Haïti. Expérience poétique autant que musicale et visuelle, la performance était soutenue par des projections de photos et d’extraits de films montrant la vie des peuples du Nord, la chasse, la pêche, le blanc de l’hiver et les couleurs du Sud, illustrant le chemin parcouru pendant la soirée.

Inspirée d’un voyage au cours duquel elle a partagé le quotidien du chasseur nomade de la nation innue Shimun Pashin, Morali a publié chez La part commune La route des vents en 2002, dont sont tirés plusieurs des textes présentés lors du spectacle. À ces extraits se mêlent les mots, les histoires et le vécu des poètes invités; à eux tous, ils tissent une courtepointe où se croisent et s’enrichissent les trajectoires. Car la route, c’est ce qui permet d’aller vers, de découvrir, de rencontrer : la nature, les montagnes, les lacs gelés, les animaux libres et ceux pris dans les collets, mais aussi les autostoppeuses, les amis, la famille. Ainsi le spectacle a-t-il permis de goûter à ces rencontres, d’en apprécier la beauté autant que la fragilité. Sur scène comme par leurs écrits, les six poètes se sont rejoints, complices, et ont su incarner l’enseignement de Shiman, « l’art d’être innu, l’art d’être “humain” ».

Néanmoins, si le choix des textes et leur agencement appelait à l’évasion et à l’ouverture, la scénographie n’était pas aussi éloquente. Les yeux sur leur script, trébuchant parfois sur les mots, les poètes ne se permettaient guère de mouvements – ce que rendaient de toute façon presque impossible les accessoires, chaises, micros et lutrins disséminés un peu partout sur la scène. Heureusement, les projections venaient insuffler une bonne dose de vie à cette mise en scène à la convivialité un peu forcée, tout comme l’étaient les costumes des « voyageurs », qui dans certains cas évoquaient plus une caricature de touriste que l’uniforme du nomade aguerri.

Mais l’invitation de Morali tient tout de même la route. Lentement, au rythme des pas dans la neige, on s’enfonce toujours plus loin dans le paysage, on réapprend à respirer, à scruter l’horizon. « La route des vents est celle que les nomades empruntent quand ils vont retrouver leur futur »; il y a en effet quelque chose de terriblement prémonitoire dans cette rencontre et ce partage, comme si se trouvait là, enfin résolu, le mystère de la sérénité. On souhaite assurément de recroiser La route des vents dans quelques temps, avec, on l’espère, une scénographie un peu plus léchée.

Chloé Leduc-Bélanger

La route des vents était présenté dans le cadre du FIL. Sur scène : Laure Morali, Joséphine Bacon, Jean Désy, Natasha Kanapé-Fontaine, James Noël et Rodney Saint-Éloi. Conception, adaptation et direction artistique de Violaine Forest, direction musicale de Guido del Fabbro avec la participation de Lou Babin.

Les poètes présents sont publiés chez Mémoire d’encrier et chez La part commune, entre autres.