L’École supérieure de théâtre de l’UQAM présente une adaptation moderne de la pièce  La Mouette d’Anton Tchekhov, une production des finissants des profils Jeu, Scénographie et Études théâtrales de l’UQAM. Cette version plutôt clinquante de l’originale se veut une réflexion sur la précarité du milieu théâtral québécois et la difficulté pour les jeunes acteurs de percer dans le domaine. Le thème récurrent de la pièce, soit le conflit entre les formes artistiques anciennes et nouvelles, devient donc un prétexte pour questionner notre rapport à l’art et au théâtre en particulier, en tant que spectateur et/ou praticien. Le metteur en scène Christian Lapointe travaille ici un de ses sujets de prédilection : le rapport d’immédiateté entre le réel et la fiction par l’entremise de deux courants distincts : le symbolisme et le performatif. Si sa démarche artistique demeure intéressante, le côté éclectique devient rapidement lassant et étourdissant et ne rend pas justice aux jeunes comédiens bourrés de talent.

La pièce débute avec le suicide de Treplev. Tous les personnages s’affairent autour d’une table, pimpants, heureux, s’attardant à peine à la déflagration qui retentit. Et puis le rideau se referme, les acteurs reviennent sur scène, s’adressant directement à la salle avec les mots de Tchekhov dans une sorte de discussion d’après-spectacle fictive. Ils emploient une diction légèrement relâchée, transposant ainsi les personnages plus près de notre époque. Treplev est d’ailleurs vêtu d’un blouson de cuir et se réfugie dans la musique de style dubstep. Macha chausse des plateformes et ne délaisse pas sa bière. Quant à Dorn, pour un docteur quinquagénaire, son style rappeur (il nous offre d’ailleurs une prestation de hip hop) n’a rien à voir avec son statut. Les facettes grotesques des personnages sont mises de l’avant, faisant rire le public. Jusque-là tout va bien. On tangue entre la fable et son style de langue soutenu et notre époque dans un décor un peu «trash» (le domaine de Sorine fait place à un genre de camping avec un aquarium projeté sur une toile de plastique, derrière laquelle la table est dressée). Les airs de Tchaïkovski font place à des référents culturels connus. On a l’impression d’entendre du Phlippe Katerine (Mickael Tétrault-Ménard est trop drôle!) et Offenbach.

Ce qui cloche alors? Une mise en scène cacophonique où la musique omniprésente devient d’une part exacerbante et ne nourrit en rien le propos. Elle enterre même les échanges entre les acteurs, dont on ne comprend pas toujours la dynamique, compte-tenu peut-être du réaménagement du texte. Et la direction d’acteur… À l’acte IV, on se demande pourquoi Nina déclame son texte en hurlant, la voix brisée. Est-ce pour justifier comment son personnage d’actrice joue horriblement, ne sachant comment poser sa voix? Bref, c’est terriblement agaçant. Et que dire du strip tease de Treplev…

Toutefois, l’insertion d’une partie de la préface de la réécriture de La Mouette par Marguerite Duras renoue avec l’enjeu initial de cette création, soit la difficulté pour les jeunes acteurs à percer dans le domaine. Lorsque le personnage de Paulina prend la parole pour critiquer la logorrhée des figures centrales, soit Arkadina, Nina, Treplev et Trigorine, elle critique par le fait même le vedettariat qui relègue au second plan les autres personnages, mais aussi les aspirants comédiens.

Bref, la relève théâtrale est prometteuse. Seulement, j’espère assister à une prochaine mise en scène dont la priorité sera de mettre de l’avant leur talent.

– Edith Malo

Quand? 

9 novembre, à 20 h

Où? Au Studio Alfred-Laliberté, local J-M500, pavillon Judith-Jasmin,

405, rue Sainte-Catherine Est

Billet au coût de 10,00 $ (prix étudiant : 5,00 $)