Ce que je peux faire de mieux comme créateur, c’est de me donner en me tenant sur la corde raide. Ce n’est pas toujours de mettre en mots le propos… mais de le faire concrètement.

– Robert Gravel

Je me souviens de ces moments de grâce où j’ai vu Robert Gravel sur scène ou sur la patinoire de la L.N.I., toujours prêt. Quel privilège ! Maintenant, malheureusement, son nom résonne que trop peu chez les plus jeunes générations, comme tant de grands artistes oubliés de chez nous. Robert Gravel, c’était l’absolu. Cofondateur de la LNI avec Yvon Leduc, et donc de l’impro comme on la connaît aujourd’hui internationalement. Cofondateur également du Nouveau Théâtre Expérimental de Montréal avec Jean-Pierre Ronfard et acteur à la télévision, dans L’Héritage de Victor-Lévy Beaulieu, entre autres, où il criait son Gunbitch à tout vent, de 1987 à 1990. Et puis, la mort a tiré le rideau brutalement sur sa vie en 1996. Un infarctus qui a secoué le milieu artistique comme une bombe atomique.

Lorsque je me suis assise dans l’auditorium de la Bibliothèque nationale pour regarder le documentaire Mort subite d’un homme-théâtre de Jean-Claude Coulbois, je peux vous affirmer que j’étais fébrile de revoir ce géant de plus de 6 pieds à la voix théâtrale singulière, disparu trop tôt. Présenté en première lors de la 30e édition des Rendez-vous du cinéma québécois, le documentaire fait parler Gravel de sa vie, bien secondé par ses collègues et amis, Alexis Martin, Anne-Marie Provencher, Jacques L’Heureux, Guylaine Tremblay, le défunt Jean-Pierre Ronfard et tant d’autres. On se souvient… enfin. C’est tellement bon de revoir Gravel, de connaître son cheminement artistique, de retrouver un pan de notre culture. On retourne en arrière avec des archives sur les œuvres de l’artiste, en particulier sa dernière pièce de théâtre : Thérèse, Tom et Simon, créée et présentée avant sa mort.

Travail de longue haleine pour le réalisateur Jean-Claude Coulbois, qui a commencé à bûcher sur son projet au printemps 1996, soit quelques mois avant la mort de l’homme-théâtre. Ayant remisé ses images en voûte après la mort de Gravel, ne croyant pas pouvoir terminer son film, la vie lui a ouvert les yeux autrement sur les capacités de ses images. Au début des années 2000, le réalisateur tombe sur une citation dans un livre écrit sur la mort du comédien français Coluche : « Un mort a un pouvoir sur les vivants. Il est là, à vous regarder, en attendant qu’on se bouge un peu à sa place parce que lui il est mort. » C’est alors que Jean-Claude Coulbois a « enfin compris que l’entreprise du film n’était pas de s’incliner devant la mort, mais plutôt de la transcender. » Il nous offre donc enfin l’occasion de retrouver le cœur de Gravel, ses pensées, son chemin de création, ses intentions et le foisonnement théâtral et créatif des années 1970 à 1995.

Un documentaire de 86 minutes, distribué par Les Films du 3 mars et produit par l’ACPAV, qui va à la découverte (ou redécouverte) d’un personnage marquant de notre culture. On souhaite que cette œuvre ne meure pas subitement, puisqu’elle est un document essentiel à notre mémoire. Le film sortira au Cinéma Beaubien de Montréal, le 16 mars et au Cinéma Clap de Québec le 23 mars. Le réalisateur et des membres de l’équipe seront au Cinéma Beaubien du 16 au 18 (vendredi à dimanche) pour vous rencontrer et répondre à vos questions. Profitez-en ! Plus de détails, cliquez ici.

– Julie Lampron

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