Du 3 au 14 décembre, la troupe des Voyageurs Immobiles a mis son pied sous terre dans la salle intime du Prospero. Sous terre pour l’emplacement de la salle, mais aussi pour mieux raviver la mémoire des défunts.

Ayant beaucoup apprécié Grains de Sable, présentée à l’hiver dernier à l’Espace Libre, la mention : «une mise en scène de Milena Buziak» a suffi à me convaincre d’assister à La Femme Corbeau.

Livré sous la forme de l’ode, le texte de Marcel Cremer, prend tout son sens. La Femme Corbeau n’est plus et pourtant, même dans son absence, on sent la force vitale hors norme qui l’habitait. Sans minimiser la qualité du texte, qui sans être révolutionnaire (une femme marginale, mais d’une beauté sublime, bafouée par le seul homme qu’elle aura aimé, achevée quand on aura arrachée sa fille de son giron au profit d’une femme de meilleure condition, mais stérile) est poétique et envoûtant dans son genre, j’attribue cette énergie, voire cette électricité, à la comédienne Valérie Dumas qui, franchement, m’a impressionnée par son naturel devant le style très européen du texte, qui dans la bouche d’un Québécois, sonne habituellement faux à mes oreilles.

Nous nous étions pris au jeu dans une histoire dont nous avions quelques pistes de dénouement, nous allions oublier de rationaliser et se laisser aller aux acrobaties picturales de la pièce. J’ai déjà souligné le talent de la comédienne, maintenant, je m’incline devant la scénographie. La scène prend ici la forme d’une cage de papier, qui devenait tantôt une cour arrière dans laquelle on suspend le linge, tantôt le schéma de l’itinéraire d’une facteur qui s’arrime à merveille avec celui de sa relation amoureuse et, tant qu’à multiplier les couches de sens, à un cardiogramme.

Toute en parallèles et en métaphores,  j’ai été conquise par la mise en scène de Milena Buziak qui a su exploiter divers types de médium. Du dripping de Pollock aux airs de Tom Waits, La Femme Corbeau offre une synergie rafraîchissante malgré qu’elle traite de sujets dramatiques tels que la marginalisation, l’abandon, le viol, puis la mort.

« Les oiseaux en cage chantent la liberté, les oiseaux libres volent. »

Vickie Lemelin-Goulet

http://www.theatreprospero.com/spectacle/la-femme-corbeau/