Crédit photo : Matthew Fournier

Si l’on pensait que le metteur en scène Gregory Hlady allait monter ce Strindberg de façon naturaliste et avec une direction d’acteur digne de Stanislavski, on s’était mis le doigt dans l’œil jusqu’au coude de la personne assise dans la dernière rangée de l’estrade. Hep boy, ça brasse !

Gregory Hlady, metteur en scène incontournable des planches montréalaises, s’amuse à donner un second souffle à des auteurs européens. S’étant déjà attaqué à Brecht, Kafka et Ionesco, il choisit comme nouvelle proie un auteur trop peu joué ici. August Strindberg, (celui qui influença Ingmar Bergman, Tennessee Williams et d’autres cerises sur le sundae du théâtre réaliste/naturaliste) surtout connu pour sa pièce naturaliste Mademoiselle Julie, entre de plein fouet dans le symbolisme avec La danse de mort. Hlady nous propose une adaptation onirique et frissonnante.

La danse de mort, c’est la valse sanglante d’un couple usé à la corde. (Originalement, Strindberg voulait nommer la pièce Vampires.) C’est l’histoire d’un divorce avorté, de deux époux qui s’endurent jusqu’à ce que mort s’en suive. Mais la mort ne s’en suit pas. Alice (Danielle Proulx, audacieuse) et Edgar (Denis Gravereaux, très précis) coulent leurs jours isolés sur une île. Kurt (Paul Ahmarani), un ami, vient brouiller les cartes de leur quotidien et teste les limites des époux rebelles.

Nous sommes tout de suite entraînés dans une orgie de signes et de symboles, qui s’emboîtent pour se disperser, dans un chaos entre le rêve et la réalité. Le sous-texte est partout et prévaut souvent sur le texte. Les comédiens jouent avec leur subconscient et leur individualité propre. Ils décrochent pour se raccrocher toujours plus. Chapeau bas aux artistes, pour ces pirouettes émotionnelles. La scénographie et la conception sonore donnent d’autres dimensions oniriques, agissant comme levier essentiel à ce niveau de jeu peu commun.

Il est important d’être relativement bien préparé quant à l’approche expressionniste utilisée dans cette mise en scène pour assister à cette pièce. Sinon on se sent un peu comme à une représentation IMAX sans lunettes 3D. Un peu perdu, ne saisissant que les premiers degrés de compréhension, que le plus «palpable».

Pis à la fin, y’a même la Mona Lisa qui se joint à cette fête rouge.

 

-Gabrielle Chapdelaine

 

Jusqu’au 15 décembre au Théâtre Prospero

Texte : August Strindberg

Traduction : Michel Vittoz

Mise en scène : Gregory Hlady

Interprétation : Paul Ahmarani, Denis Gravereaux et Danielle Proulx

Scénographie, costumes et lumières : Vladimir Kovalchuk

Bande son : Nikita U

Assistance à la mise en scène : Frédéric Lavallée