Allumée et brillante, Geneviève L. Blais donne envie d’assister à sa plus récente création, Empreintes, même s’il est question d’avortement, «un sujet encore sensible» à son avis. La metteure en scène a bien voulu décrire son processus de création et donner un aperçu du spectacle, qui sera présenté du 23 avril au 5 mai au Théâtre La Chapelle.

 

Q. D’abord, comment décririez-vous la structure de votre œuvre?

G.L.B. : Il s’agit d’une forme chorale. La comédienne Paule Baillargeon porte le texte d’Annie Ernaux, L’Événement [Cette œuvre raconte l’avortement clandestin vécu par l’écrivaine en 1963], pendant que les six autres comédiennes livrent des témoignages en lien avec l’avortement. Les bribes de leurs histoires se répondent comme des échos.

 

Les comédiennes témoignent-elles de leurs propres expériences ou de celles d’autres femmes?

Pour l’écriture d’Empreintes, j’ai d’abord rencontré une cinquantaine de femmes ayant vécu un avortement. Ces femmes, qui ont répondu à une annonce que j’avais fait paraître dans des journaux et sur le Web, m’ont parlé des traces laissées par cet événement dans leur vie. Dans le spectacle, six comédiennes partagent les six récits que j’ai retenus. Avec Empreintes, je veux partager les sensations que j’ai ressenties lors des entretiens.

 

Les récits retenus pour Empreintes présentent-ils une expérience semblable de l’avortement ou, au contraire, montrent-ils que les femmes vivent et survivent différemment à cette intervention?

La création englobe différentes expériences de l’avortement, puisque les femmes que j’ai rencontrées n’ont pas vécu cet événement de la même façon. De plus, l’avortement peut être interprété différemment à diverses étapes de la vie, et c’est aussi ce dont il sera question dans le spectacle. Pour certaines femmes, une telle expérience reste marquante même si elles considèrent que c’était la bonne décision à prendre. Après tout, peu de femmes souhaitent qu’un avortement soit sur leur chemin de vie… Cela dit, même lors d’événements marquants ou difficiles, il peut y avoir des moments comiques, ce qui a aussi été intégré. Empreintes présente donc l’avortement de façon sobre et simple, sans pathos.

 

Le Théâtre à corps perdus [la compagnie que Geneviève L. Blais a fondée en 2003] s’intéresse aux sujets délicats et aux tabous. Doit-on en déduire que vous considérez que l’avortement est encore un sujet tabou?

En fait, je préfère dire qu’À corps perdus traite de sujets qu’on ne peut pas aborder à la table; de recoins qui nous font peur. Si l’avortement n’est plus un tabou aujourd’hui au Québec, un certain silence l’entoure encore. Certaines femmes hésitent à en parler à leur mère par exemple; d’autres préfèrent dire à leur patron qu’elles ont mal au ventre le jour de l’intervention pour expliquer leur absence. Il y a des femmes qui vivent l’expérience de façon ouverte et, d’autres, dans le secret et la culpabilité. Au final, Empreintes veut sortir du débat polarisé «pour ou contre l’avortement» pour présenter cette expérience dans toute sa complexité et montrer ses zones d’ombre.

 

* Le Théâtre La Chapelle accueillera la création de Geneviève L. Blais, Empreintes, du 23 avril au 5 mai.

 

– Edith Paré-Roy