En Afrique du Sud, la mort de trois gardes du corps et l’enlèvement de l’homme qu’ils protégeaient et dont on ignore tout – si ce n’est qu’il était arrivé au pays depuis peu et que son passeport était falsifié –, donne du pain sur la planche à la brigade des Hawks. Soucieux et avertis des enjeux diplomatiques, les agents doivent faire preuve d’une extrême discrétion dans leur enquête. Leur seul indice : trois douilles marquées d’un cobra sur la scène du crime.

De fil en aiguille, le commandant Griessel et son équipe réalisent que le crime dépasse le simple règlement de compte et que le réseau criminel est protégé par de hautes instances, et que celles-ci baignent dans l’affaire, à l’échelle mondiale. Ils ont affaire à un crime informatique. Leurs alliés sont corrompus, les fausses pistes et les non-dits s’accumulent, venant brouiller les pistes. En parallèle, le lecteur est invité à suivre un jeune pickpocket qui s’en prendra à la mauvaise victime, mais qui, dans son infortune, éclairera d’un jour nouveau toute l’affaire.

Deon Meyer installe son intrigue à la manière d’un serpent. Il ondule d’abord sournoisement, ratisse large. Lorsque les éléments sont tous rassemblés, il resserre tranquillement son étreinte jusqu’au maximum et, une fois sa prise assurée, se dresse et attaque. Si cette approche permet une métaphore stylée, le rythme s’en ressent malheureusement. La mise en contexte, lente et remplie de détails, manque à quelques reprises d’avoir raison de la volonté du lecteur de poursuivre. Heureusement, la suite des choses vient compenser.

Un des grands facteurs d’inégalité du rythme est de nature sentimentale. L’auteur a tenu à mettre ses personnage en contexte et leur donner une personnalité (spécialement en ce qui concerne Benny Griessel), mais l’approche est maladroite, plaquée par moments. Un ancien alcoolique et ses remords, sa vie amoureuse complexe et déchirante; du gros cliché traité en surface seulement et dont le développement ne sert en rien l’histoire. On aurait pu s’éviter ces petits moments de tendresse forcée sans compromettre l’intrigue. On comprend cependant Meyer d’avoir tenté d’implanter un peu d’humanité à travers le côté aseptisé de l’enquête. Entre algorithme et traçage de données, un peu de vie était bienvenu, mais l’aurait été davantage si on avait moins senti l’insistance.

Vickie Lemelin-Goulet

Kobra, Deon Meyer, Éditions du Seuil (Collection Policiers), 2014.