Crédit photos: Nicolas Roy

Qu’arrive-t-il quand deux journalistes vont critiquer le même spectacle? Points de vue différents, divergences d’opinions féroces ou accord total? Pour ajouter une difficulté à l’exercice (ih qu’on est fous), on s’est donné la consigne suivante : un devait faire ses recherches avant d’assister au spectacle – Nicolas Roy s’y est collé – et l’autre devait entrer avec un regard neuf, si ce n’est naïf – qui passerait par les yeux de Mélissa Pelletier. Au menu samedi soir? Un triplé de Mary Lattimore, Kevin Morby et Waxahatchee au Théâtre Plaza.

Le point de vue de Mélissa Pelletier 

En entrant au Théâtre Plaza, on aurait pu avoir l’impression d’entrer au paradis (rien de moins mes amis). Avec une harpe, Mary Lattimore s’est assurée d’accueillir le public comme il se doit. Celle qui a déjà quelques EPs et albums derrière la harpe – dont Luciferin Light (2015) et At the dam (2016) – ne fait pas que manier son instrument. Elle explore, elle repousse les limites, elle tente de trouver des sons qui sortent de l’ordinaire. Ça donne des pièces riches, sombres, souvent inquiétantes, qui ont donné une ambiance très calme pour une première partie. Ce sera à Kevin Morby et Waxahatchee de mettre un peu plus de dynamisme dans la salle! Quoique…

                                                         Crédit photo : Nicolas Roy

Kevin Morby est arrivé sur scène tout de blanc vêtu, accompagné de sa seule guitare. «C’est ma première tournée avec ma guitare. Je ne sais pas si vous vous attendiez à autre chose… C’est un plaisir, surtout devant un public si respectueux. Je vais revenir en formule full band un jour!» C’était juste avant que mon compagnon de show s’allume un premier joint et se décide à chanter toutes les paroles AVANT le chanteur, dans un silence qui était jusque-là presque religieux. Ça n’a toutefois pas terni le talent de Morby, qui a offert une musique folk toute en simplicité. Entre les Cut Me Down, Destroyer et I Have Been to the Mountain, l’auteur-compositeur-interprète avait de la gueule. Avec une belle prestance, il est arrivé à garder l’attention de la foule qui commençait à feeler un brin cocktail.

                                                                                             Crédit photo : Nicolas Roy

Après ce tour de chant réussi, c’est Waxahatchee, alias Katie Crutchfield qui a investi la scène. Toute de blanc vêtue – apparemment le thème de la soirée -, l’artiste a commencé son spectacle dans les chuchotements de plus en plus insistants de la salle. D’une voix parfois faible, elle a présenté un mélange de ses chansons très épurées et un peu monotones de American Weekend (2012), Cerulean Salt (2013), Ivy Tripp (2015) et Early Recordings (2016). Malgré toute sa bonne volonté – et ses regards évocateurs vers les fêtards les plus bruyants – Waxahatchee n’est pas arrivée à captiver le public. Il faut dire que malgré ses qualités, le spectacle manquait de piquant. Dommage.

C’est les oreilles bien caressées par tout ce calme que j’ai quitté la salle. Pas renversée, pas impressionnée, mais bien contente de ma soirée. Et parfois, il n’en faut pas nécessairement plus.

Le point de vue de Nicolas Roy 

La Plaza St-Hubert fin mars fait peine à voir. Ça se suit sans se ressembler : une boutique de guenilles nuptiales, le centre de liquidation du gugusse désuet, l’entrepôt de la chaussure pour mollet fort, le King du drap contour, etc. De la pancarte à louer, à vendre, à plus finir. De Beaubien vers le Nord, jusqu’au Vestiaire, où on ira boire heureux, histoire de s’huiler l’ouïe avant le show formule intimité de Kevin Morby et Waxahatchee une heure plus tard au Théâtre Plaza. Avec des peanuts BBQ en guise de souper, ça part bien le bal.

La harpiste de laboratoire philadelphienne Mary Lattimore assure pour l’occasion l’entrée en matière. Sa 40 quelque cordes Lyon and Healy, noble et tendue, sied bien à la vaste scène du Théâtre balayée pour son numéro de faisceaux bleus et verts de mer. Pluie fine sur convoyeur de quartz à ciel ouvert ou ballet de gouttelettes prises de boisson, c’est selon. Agréable, quoique peut-être plus à propos sur images en documentaire qu’en première partie d’une paire de trouvères.

                                                      Crédit photo : Nicolas Roy

Vient ensuite Kevin. Comme un prophète ou un guide spirituel, le Morby est tout de lin ou fin coton blanc vêtu. Drapé en prime d’un halo azur et chevelu de boucles bouton-d’or, le jeune Texan désormais Californien, nous apparaît porteur de la Bonne Nouvelle, du moins témoin d’une quelconque grâce céleste et toute puissante. En guise de croix, il porte la guitare de bois.

En plaquant doucement les premiers accords de Cut Me Down, premier titre de son excellent Singing Saw paru l’an dernier, Kevin entame son tour de chant. Pour quelqu’un qui, comme on l’apprendra plus tard, se prête pour la première fois au jeu du jeu solo, il se débrouille. Son timbre est clair, ses mots percutants, son regard perçant. Les morceaux tiennent la route, malgré l’absence des formidables orchestrations, passages instrumentaux et autres chœurs de l’album. Seule la pièce Destroyer, tenue au clavier, profitera de l’appui de Mary et de sa harpe.

À l’au revoir – qu’il nous promet pour bientôt avec ensemble -, il nous cède une There Is A War comme il faut de Leonard Cohen et nous remercie de l’attention qu’on a prêtée à son propos. En effet, peu de murmures du côté de la salle pendant sa prestation. Le sceau d’un défi relevé.

                                                                                          Crédit photo : Nicolas Roy

Malheureusement, on ne peut pas en dire autant de Waxahatchee, née Katie Crutchfield. Tout aussi seule et tout aussi blanche que son prédécesseur, la dame, passablement timide, n’arrive pas à plonger l’auditoire dans le recueillement nécessaire à l’absorption de ses textes. Son jeu de guitare est au mieux passable et sa voix n’en est qu’une parmi tant d’autres. Contrairement aux chansons de Morby, les pièces de Waxahatchee n’ont malheureusement pas la carrure pour se faire justice sans aide.

C’est ainsi sans rappel, et sous la jasette générale désintéressée que se termine une soirée mi-figue, mi-raisin. À l’image de la Plaza St-Hubert au bout de l’hiver tout compte fait.

– Par les quatre mains de Mélissa Pelletier et Nicolas Roy 

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