Dans le cadre de la série Achtung Film, l’institut Goethe présentait, jeudi dernier à l’Excentris, Kaddish pour un ami le premier long métrage de Leo Khassim sorti en 2011.

Dentiste de formation en parallèle de sa carrière de scénariste, le réalisateur opère sans anesthésie dans cette fresque humaniste, brute, dure, qui nous prend aux tripes dès les premières minutes.

Kaddish pour un ami, c’est la guerre. Celle avec laquelle on a grandi. Israël-Palestine. Une guerre sans fin, transposée cette fois dans un immeuble du quartier de Kreuzberg à Berlin où (une fois encore) un mur sépare deux mondes,  deux pays, deux religions, deux générations.

Après avoir fui un camp de réfugiés palestiniens au Liban et vécu plusieurs années dans un foyer de demandeurs d’asile allemands, Ali et sa famille arrivent à Berlin pour se (re)poser, pour se  (re)construire, pour (re)vivre.

Leur voisin du dessus, c’est Alexander : un vieux juif d’origine russe, ancien professeur de sport et accessoirement ancien béret rouge ayant fait ses armes au Liban en 1982.

Vous imaginez la suite ?

Il ne va pas se passer que des choses sympas entre cet ado palestinien un peu perdu et ce vieux juif un poil acariâtre et un paquet asthmatique.Tout se joue sur le fil pour ces personnages à la croisée des chemins, dans ces moments de vie où on peut prendre un chemin de traverse ou continuer sa route. Et comme tout bon critique de film, je me dois d’employer un lexique spécifique et vous prévenir que  «  le chemin sera  parsemé d’embûches ».

Papa-terreur, copains bagarreurs, services sociaux sans-cœur puis danseurs : v’là pour les méchants.

Mais comme c’est un film, on laisse surtout la part belle aux gentils. Des gentils, le cœur sur la main, solidaires  avec chaque membre de leur communauté, mais trop prisonniers dans leurs dogmes pour comprendre ce qui se joue ici, dans leurs quartiers, entre Ali et Alexander.

On se dit que ça paraît tellement facile de faire la guerre et tellement difficile de l’arrêter quand les cicatrices du passé, marquées au fer dès notre naissance, nous rappellent sans cesse qu’il y a un ennemi. C’est aussi ça la force du bon cinéma que de se mettre à la place des personnages pour saisir une autre réalité. Une réalité éloignée de celle qu’on avale tous les jours aux nouvelles et qui se quantifie en nombre de morts dans un camp ou (surtout) dans l’autre.

Kaddish pour un ami est une histoire d’aujourd’hui, une histoire trop vraie pour ce beau film sans mauvaise surprise. Un film où triomphe la force de la rencontre, de la vraie rencontre dans les yeux, dans les larmes et parfois dans les poings.

– Yann Lever

Prochain film de la série de l’institut Goethe à l’Excentris, le jeudi 6 février à 18h : Sources of life (Quellen des Lebens).