Photo : Frédérique Ménard-Aubin

Un extrait du film, et la voix de Morphéus qui présente l’univers à Néo. « Bienvenue dans la Matrice », nous lance Josman à son arrivée sur la scène Coors Light, introduisant au passage sa deuxième mixtape Matrix (2016). La foule se fait plus petite que pour la chanteuse Angèle qui vient de quitter la scène, mais la deuxième révélation européenne de cette soirée des Rendez-vous Pros rassemble devant lui un petit groupe fidèle qui ne tardera pas à le suivre pour chaque demande au public.

Après la mixtape Échecs positifs qui signe ses débuts en 2015, Matrix égratigne sans détour le rapport au succès et le besoin pour ce jeune rappeur de rester les pieds sur terre. C’est pourtant Dans le ciel qu’il nous emmène avec un prochain titre tiré cette fois-ci de sa toute dernière mixtape fraîche de 2017, Zero Dollar (000$). Un morceau très chanté aux influences R&B qui en dit long sur les variations de style explorées par le rappeur et producteur français originaire de Vierzon dans le Cher. C’est aussi cette identité plurielle cultivée par Josman et pourtant si riche qui donne lieu à des grincements de dents d’une chanson à l’autre.

On se rappelle un titre aussi cru et puissant que Censé faire (Echecs positifs), puis on l’entend lancer à la va-vite : « 2017 elles sont sans gêne / Qu’est-ce qu’elles feraient pour 500 j’aime » (Dans le ciel) et « Y’a des p’tites en mini-shorts qui traînent partout leurs mini chattes » qui vient gâcher l’apport du piano dans l’interlude OK. Assez simpliste, sachant qu’une chanson plus tard, de retour à l’un de ses thèmes de prédilection avec Dans le vide (Matrix), Josman ne manque pas de prouver qu’il n’oublie jamais d’où il vient : « Je m’en bats les couilles d’être une star tant que je suis une étoile dans les yeux de ma mère. » Ce dernier titre, c’est celui sur lequel Josman ne se considère pas comme un rappeur, lui qui ne veut pas endosser l’unique statut d’MC. Il ne cesse de le répéter, il est un mec normal, qui rêve grand depuis 10 ans, lui qui a fait ses armes entre premières parties, concours (gagnant End of the weak 2013), battles et open-mic après être monté à Paris.

Josman enchaîne avec son titre le plus connu et son parfum de Vanille (000$), sur lequel les remerciements se mêlent à l’instrumentale planante, un leitmotiv dans l’oeuvre de ce rappeur qui est aussi le beatmaker derrière ce morceau. Joint au micro par son fidèle ami et producteur Easy Dew, Josman nous initie à la High Life, celle où les ambitions restent aussi grandes que les vices, celle qui fait justement planer, pour le meilleur et pour le pire.

Celui qui est déjà sacré par les médias révélation du rap français ne manque jamais de tâter la température de son public. Le son de La Cage (000$) retentit, puis tout s’arrête comme sur un disque rayé. Pour ses dernières minutes sur scène, Josman chauffe la petite foule pour finir en beauté, les mains en l’air tandis que sur le côté, un fan improvise quelques pas de locking. Le rappeur de 23 ans fait la vie dure à Instagram et au sens perdu des réalités avant de faire l’annonce de son premier album (JO$, octobre 2018). On espère qu’il sera plus teinté par la verve et le flow de ses débuts que par le côté obscur et misogyne du rap US… et de la culture populaire.

Si vous voulez attraper le rappeur en plein vol, c’est ce soir à 23h sur la scène Desjardins des Francos de Montréal ou vendredi soir au Belmont présenté par Smoking Camel.

Suivez notre couverture tout au long du festival.

– Ambre Sachet

Les Francos de Montréal, du 8 au 17 juin 2018. Pour toutes les informations, c’est ici.

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