Avez-vous déjà vu l’adaptation du roman phare de la science-fiction, Dune, de Frank Herbert? Et attention, je ne parle pas de celle qu’a réalisée David Lynch en 1984! Quoi?! Un autre Dune existe? Non. Alors, ne courez pas tout de suite au vidéo du coin, vous ne le  trouverez pas. En fait la seule façon de goûter à cette œuvre monumentale est d’avoir en main le pitch de vente du projet. Un livre qui allie astucieusement le storyboard et la bible pour un final qui défie les intellectuels, prônant qu’un film n’existe qu’une fois présenté à l’écran, de répéter leur théorie, qui clairement ne trouve pas sa place dans le cas présent.

Frank Pavik est de cet avis qu’un film peut exister sans être tourné, du moins dans le cas de Dune. C’est dans l’optique de lui donner un second souffle qu’il décide de retrouver le maître d’œuvre de ce projet en chantier qui a mobilisé les plus grands noms de l’époque, de Dali à Moebius en passant par Mick Jagger et Orson Welles, qu’il entreprend le documentaire de Jodorowsky’s Dune.

Revenons à Jodorovsky justement. Un drôle de moineau celui-là. Des romans, de l’ésotérisme, du théâtre : il touche à tout, mais sans se conformer à quoi que ce soit. Son premier film remonte à 1967, au Mexique, avec El Topo (s’il vous plaît, ne me demandez pas d’en expliquer le contenu, disons simplement qu’il s’apparentait au mouvement surréaliste et que le sordide y était central).

Un succès retentissant qui l’a mis sur la map, notamment en France, car Michel Seydoux, un investisseur notable, qui séjournait en Amérique Latine à ce moment, s’est pris d’affection pour l’audacieux personnage qui écrivait, réalisait et jouait dans son film. Les recettes de ce premier essai au cinéma servirent à un second : The Holy Mountain (1973). Seydoux cette fois, décide de contacter l’homme et lui donne carte blanche pour réaliser le film de son choix : il se portera garant de son œuvre en tant que producteur. Il aurait pu choisir ce qu’il voulait, un projet de moindre envergure peut-être, mais ce serait mal connaître Alejandro Jodorowsky que de s’attendre à autre chose que l’ambition de révolutionner le film de science-fiction tel qu’on le connaissait à l’époque.

Jodorowsky’s Dune met en lumière les différentes étapes de l’idéation, au recrutement de l’équipe (que la crème de la crème) à la conception du projet, par le biais des artisans de Dune, de spécialistes de l’industrie et de Jodorovsky, ce passionné, voire mégalomane, qui est à l’origine de ce rêve qui n’a jamais vu le jour. Son charisme incroyable vous met la puce à l’oreille sur son pouvoir de séduction et de persuasion qui a poussé chacune des personnalités qu’il a courtisée à prendre part à son projet.

Le documentaire, très dynamique, se sert du montage pour susciter tantôt le rire, tantôt le dégoût, mais faisant toujours ressortir le côté humain du projet. Les divers segments d’entretiens sont entrecoupés du montage du storyboard, qui présente plan par plan ce qu’aurait été Dune vu par Jodorowsky et, je vais vous dire, ça aurait été un succès monstre!

La fin, on la connaît d’avance : les studios hollywoodiens, frileux, n’ont pas osé se mouiller en prenant part à la réalisation «du prophète des films de science-fiction» -AJ, après tout un individu de la trempe de Jodorowsky ne se soumet pas facilement, et ont décidé de confier le projet, des années plus tard à Lynch qui en a fait un navet au grand plaisir du cinéaste boudé.

Alejandro Jodorowsky est un visionnaire qui, s’il n’a pas pu mener son projet à bien, a tout de même réussi le tour de force de révolutionner le film de science-fiction en laissant une empreinte incontestable parmi tous les classique du genre qui ont suivi son entreprise, preuve à l’appui dans le documentaire.

En conclusion, Jodorowsky  tend d’ailleurs une perche à qui saura la saisir, à savoir qu’il faudrait vraiment en faire un film d’animation. «Quand je mourrai, vous pourrez en faire un film».

Jodorowsky’s Dune était présenté ce 27 mars dans le cadre des Docville, il n’est pas à l’affiche de la programmation régulière de l’Excentris, mais devant le succès fulgurant du film (une centaine de personnes n’ont pas pu entrer) je vous conseille de vous tenir en alertes: il se pourrait bien qu’il y ait récidive…

– Vickie Lemelin-Goulet