Premier film américain d’Arnaud Desplechin, Jimmy P. s’inscrit pourtant si bien dans l’œuvre de l’homme derrière Un conte de noël et Rois et reine, qu’on oublie parfois que ses personnages s’expriment en français (l’accent franco-roumain Mathieu Amalric aide un peu). Faut dire que le réalisateur français a souvent effleuré le sujet de la psychanalyse auquel il s’attaque cette fois-ci de plein front.

Dans un drôle de casting, Benicio Del Toro se débrouille pourtant très bien dans le rôle de l’Amérindien Jimmy Picard qui, après avoir subi une blessure au crâne lors de la deuxième guerre mondiale, éprouve d’intenses maux de tête, ce qui le pousse à se rendre à l’hôpital militaire de Topeka, au Texas, pour se faire consulter. Le corps médical ne lui trouve aucun problème physique, seulement quelques possibilités de traumatismes psychologiques. Mais le doute persiste : le patient étant d’une race différente, les docteurs se sentent mal à l’aise. Ils décident de se tourner vers George Devereux (Amalric), un ethnologue versé dans la psychanalyse. Devereux rêvait depuis toujours d’avoir un poste de psychanalyste, même s’il n’a pas de diplôme en tant que tel, il se réjouit donc de cet unique patient auquel il consacre tout son temps.

Jimmy P. n’est donc un film sur la psychanalyse comme le fut A Dangerous Method. Ce n’est ni une critique ni une défense mais plutôt le récit d’une relation  entre deux hommes diamétralement opposés, qui finissent par s’entraider. Picard y puise la force pour combattre les démons de son passé et Devereux trouve un sujet pour développer ses talents et satisfaire sa passion d’ethnologue. Mais, leur interaction demeure fondamentalement humaine, et c’est la force de cette histoire. À travers leurs entretiens, leurs disputes et les divers récits de rêve (très bien mis en images) on découvre le passé tumultueux du patient. Il n’y a pas ici de traumatisme refoulé qui, une fois découvert se résorbe magiquement : on est loin des thrillers psychanalytiques à la Spellbound et Marnie.

On ne découvrira jamais la raison du trouble de Jimmy Picard, seulement que c’est un homme hanté par le passé, et que l’attention d’un spécialiste passionné réussit soulager. Jimmy P. est basé sur Psychotérapie d’un indien des plaines, le livre qui a lancé la carrière de Devereux. Il faut avouer que le  film donne envie d’aller y fouiller pour en savoir un peu plus. Il s’est dit beaucoup de mal sur la psychanalyse, parfois avec raison, et c’est aujourd’hui souvent vu comme une science dépassée. On oublie pourtant qu’il n’existe pas encore de méthodologie parfaite pour explorer la psyché humaine, et que les psychothérapeutes ont beaucoup contribué pour combler le manque. Jimmy P. en est un beau rappel.

– Boris Nonveiller