Ta Mère vient de tout juste de sortir le premier recueil de poésie de Maude Jarry, Si j’étais un motel j’afficherais jamais complet. Un livre doté d’une magnifique couverture rouge cœur illustrée par Benoit Tardif, qui relate une rupture amoureuse déchirante. Critique.

On a tous et toutes vécu ça

Le récit poétique, en vingt-sept poèmes, coule comme un film hollywoodien merveilleusement bien scénarisé. On ne voit ni les joints ni les raccords tellement chaque morceau s’emboîte bien dans le précédent. C’est d’ailleurs un peu dur d’interrompre sa lecture puisqu’on ne sait pas trop où poser le signet. Probablement entre deux numéros, mais là encore, si l’auteure y sépare bien ses passages, le lecteur sait qu’il ne s’agit que d’une délimitation de poèmes ; l’histoire est ininterrompue.

Cette histoire, du point de vue d’un sujet poétique féminin, retrace les miasmes d’un amoureux canadien en provenance de l’Ouest canadien. Une relation très forte débute dès lors : « t’es ben le seul / qui me donnait jamais envie / de dormir dans une camisole de force / comme si c’était un sac de couchage ». L’attachement indéniable du sujet poétique conduit le lecteur sur la piste de course, celle qui se termine au fond de l’abîme.

Au-delà de la situation, bien avant que ça dégringole (et ça le fera bien assez vite), Jarry arrive à toucher à une certaine universalité du mal-être décrite sans artifice, avec une authenticité foudroyante : « l’univers a au moins fait ça d’équitable / exister ç’a l’air de décrisser / tout le monde pas mal égal ». Ça percute, et j’ai l’impression que, comme lecteur, on peut tout à fait s’identifier au sujet poétique malgré son pessimisme. Le constat est simple et sans doute que passager.

Enfin, il apparaît clair que, nonobstant le fait qu’il s’agit ici d’un premier recueil, l’auteure possède son propre imaginaire poétique et sa voix bien à elle ; rassembleuse, un peu fanée, qui sort les poubelles avec nous. Avis aux cœurs brisés : Maude Jarry ne les recollera pas!

Victor Bégin

Si j’étais un motel j’afficherais jamais complet, Maude Jarry, Les Éditions de Ta Mère, 2019