Toutes deux ayant déjà publié individuellement chez Le Lézard amoureux, Valérie Forgues et Stéphanie Filion s’associent pour écrire à quatre mains le recueil Jeanne forever. Cette poésie propose un exercice d’immortalisation de la figure de la star du cinéma Jeanne Moreau.

Sous-titres

Les deux auteures offrent regards et commentaires sur une filmographie précise de l’œuvre dans laquelle Moreau a interprété maints personnages. On (re)plonge entre autres dans Les amants (Louis Malle), Jules et Jim (François Truffaut) et Eva (Joseph Losey). L’exploration poétique tourne autour de l’axe des personnages que composent Moreau, en passant par des archétypes (la femme au foyer, par exemple) ainsi que par d’autres subtilités de personnage comme cette pyromane fougueuse dans Mademoiselle. Les vers agissent souvent comme des sous-titres qui suivent l’évolution psychologique de Jeanne au travers de moments-clés soigneusement choisis par les auteures.

Un brin de sarcasme s’incruste par moments dans certains poèmes, touche anachronique des poétesses, lorsqu’elles indiquent que « l’amour peut naître d’un regard » face à la puérilité de certaines réflexions de ménage dans la première partie du livre. Forgues et Filion s’adressent aussi à Jeanne, plus ou moins directement, parfois comme un spectateur qui parle à l’écran, parfois comme un commentaire admiratif à voix haute plus pour soi.

Hommage

Il y a neuf Jeanne, les huit premières issues des films, et la dernière n’est nulle autre que Moreau. C’est tout un hommage que de rapiécer une carrière si florissante et d’en retirer l’essence des personnages mais aussi l’essence de la femme, parfois au-delà de Jeanne Moreau elle-même.

« mais si vous êtes forte / si vous aimez l’argent / et détestez les vieilles femmes / si rien ne semble vous effrayer / vous avez une faille / c’est ce qu’on fait / n’est-ce pas / avec les femmes / les cruelles comme les douces / on cherche des failles / par où entrer / pour les prendre »

La critique des femmes par les femmes, parfois exacerbée par un passé sans doute moins féministe, ne vient cependant pas alourdir ou défaire ce qui était ressenti des films. On tente seulement de fournir une perception certaine de ce que représente la légendaire Moreau, lui restituer une gloire post-mortem. C’est d’ailleurs un tantinet étrange de retrouver le vouvoiement envers Jeanne par les auteures, créant une légère distance de leur part.

Jeanne forever se lit aisément, sort des chemins conventionnels de poésie dans sa proposition d’exploration du médium du cinéma. En (presque) formule « lettre d’amour », le recueil devient un ajout intéressant pour Le Lézard amoureux.

– Victor Bégin

Jeanne forever, Valérie Forgues et Stéphanie Filion, Le Lézard amoureux, 2018.

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