Venant tout juste de paraître aux Éditions de l’Écrou, le troisième recueil de Frédéric Dumont intitulé Je suis célèbre dans le noir commence directement à la sortie d’un hôpital et nous y ramène sans cesse au son des ambulances et des battements d’ailes affolés.

Le narrateur tente d’abord de se réinsérer dans le quotidien. Un quotidien qu’il doit réapprendre à déplier et à avaler au jour le jour :

Ma méthode d’écriture / est très simple : je sors de l’hôpital / retourne vivre chez ma mère
change de pharmacie / deviens émotif devant le nouveau pharmacien
avale mes cachets tous les soirs / avale mes cachets tous les matins
respecte la posologie à la lettre / branche une ou deux lampes
lave mes vêtements / plie mes vêtements / range mes vêtements
regarde des heures et des heures / de télévision et / passe un linge / sur la table  »

Mais alors que sa routine est tout ce qu’il y a de plus ancrée dans le concret, son état d’esprit ne lui permet plus de calculer « la distance / entre [s]a chute / et prendre un rendez-vous / chez le coiffeur ». Empreinte de cette confusion, l’écriture semble la seule soupape, la seule trappe d’évacuation pour dire l’anxiété et l’instabilité, mais elle est aussi le tremplin idéal pour s’y précipiter. Chaque poème contient ainsi une petite chute – pour remplacer celle qui serait fatale – et leur suite crée une impression de vacillement qu’on cherche à apprivoiser.

et si je me défenestre
à chaque poème
c’est que je connais l’importance
de sortir prendre l’air »

Au fil des parties, les psychiatres passent, l’urgence demeure. Le ton plus troublé de ce recueil, marqué par la précarité financière et la dépression, s’éloigne des images aériennes et ludiques présentes dans Volière (2012), même si tous deux parviennent à « transfigurer le quotidien ». Dans les plus récents poèmes de Dumont, on plonge plus profondément dans les failles des mots, dans leur noirceur, au lieu de les laisser se disperser et s’envoler. Ils deviennent des lieux inquiétants et des chambres isolées où le narrateur n’est plus sûr de pouvoir se retrouver :

« j’ai pensé au mot refuge durant plusieurs heures
et si le mot refuge était une maison hantée ?
parfois les néons clignotent
parfois les néons tombent
parfois nous perdons absolument tout »

Je suis célèbre dans le noir, c’est la voix fatiguée mais non résignée d’un artiste qui ne veut pas s’éteindre seul dans son poème, une fois la lumière fermée.

Marise Belletête

Je suis célèbre dans le noir, Frédéric Dumont, Éditions de l’Écrou, 2019.