Sylvie Laliberté présente aux Éditions Somme toute Je ne tiens qu’à un fil mais c’est un très bon fil, un récit merveilleux de sa vie avec le ton délicat, fragile et lucide qu’on lui connaît bien. À travers de courts fragments de textes et quelques photos ludiques, elle tente de retracer ce qui a fait que sylvielaliberté est devenue sylvielaliberté. C’est donc sur les traces de ce qui l’a formé en tant qu’enfant, en tant que femme, amoureuse, fille et créatrice qu’elle part à la recherche d’elle-même.

Quête d’identité donc, parce que «l’identité, c’est très important, c’est ce qui fait la différence». À travers son parcours, on découvre la place qu’ont pu prendre les livres dans sa vie, compagnons fidèles contre la solitude. Les photos prises par l’auteure, qui accompagnent le texte, apportent une autre vision des livres: des livres-maisons, des livres-barricades, des livres-protecteurs. Elle reconstruit de manière ingénieuse de nouvelles phrases avec les titres de certains ouvrages:« Entre nous / Le feu de chaque jour / Tout bas très fort », « Visites aux vivants / Si je suis de ce monde / Jamais je ne t’oublierai », comme de petits haïkus placés ici et là, porteurs de sens profond, dissimulés dans l’image.

Il y a une beauté fragile dans l’écriture de Laliberté, une quête aussi des mots justes, des images parlantes, un jeu de reconstruction et de déconstruction des lieux communs qui rend son écriture particulièrement inoubliable. Des perles comme: « Dans ma bouche, j’ai une dent contre moi », « Je ne peux pas dire combien il me faut de temps pour vivre. Mais ça me prend une plus grande quantité de temps pour vivre que les autres. » et « À chaque jour suffit sa peine. Mais il arrive qu’un seul jour ne suffise pas à ma peine. Alors je ne me gêne pas, je prends deux ou trois jours de plus. » font partie du style inimitable de Sylvie Laliberté. Une certaine naïveté teinte Je ne tiens qu’à un fil, mais on sent toute l’intensité de Laliberté, et surtout son regard réaliste sur cette quête de l’être, une quête solitaire bien sûr, pour ne pas dire un besoin de solitude pour s’y retrouver.

À travers cette découverte de soi, Laliberté semble aussi apprivoiser le monde qui l’entoure, ce monde parfois hostile et bruyant pour toutes les sylvielaliberté de ce monde. À travers cet univers, elle doit prendre sa place et surtout aimer le monde, aimer la vie, parfois tâche ardue: « On est supposé aimer la vie. Quand sylvielaliberté n’aime pas la vie, je me sens coupable, comme si je ne répondais pas aux normes élémentaires qui sans faire de bruit, me commandent de l’aimer, la vie. Comme si la vie avait besoin de moi. De mes services, plutôt. Mes bons services. Comme si je lui devais quelque chose à la vie. »

C’est par contre beaucoup plus facile pour nous, lecteurs, d’apprécier la vie après la lecture d’un livre aussi réussi et rafraîchissant, et ce malgré la portée toujours poignante des œuvres de Laliberté.

– Elizabeth Lord

Je ne tiens qu’à un fil mais c’est un très bon fil, Sylvie Laliberté, Éditions Somme toute, 2015.