Crédit photos : Jérémie Battaglia

« Le spectacle est retardé à cause de problèmes de connexion.» a scandé une employée de l’Usine C à la foule compacte qui attendait pour assister au iShow ou je m’occupe de transférer le message à Chanda. Déjà, un message involontaire est passé: sans Internet, le monde arrête un peu de tourner. Ou du moins, de fonctionner comme il faudrait qu’il le fasse (dans nos esprits d’êtres trop habitués à avoir accès en un clic à à peu près n’importe quoi).

Quand on a finalement pu entrer dans la salle, accueillis par une quinzaine de comédiens en pleines séances de clavardages sur Chatroulette, on a vite pu constater que le iShow, c’est un peu ce qu’on vit tous les jours. Il montre le meilleur, mais surtout le pire de l’implication d’Internet dans notre rapport au monde.

À travers les discussions instantanées avec de purs étrangers (qui acceptaient de se prêter au jeu ou non), la diffusion d’un ou plusieurs clips de façon simultanée, les vidéos virales (ça passait du fameux « Tequila, Heineken, pas le temps de niaiser » à la jeune femme qui réussit à créer un double arc-en ciel en tirant dans un ruisseau), la mention du meurtre filmé et diffusé de Lin Jun par Luka Rocco Magnotta, la lecture de statuts Facebook totalement insignifiants et de nombreux (oh oui!) autres trucs, on réalise qu’un nombre impressionnant de gens tentent d’entrer en contact, et ce même si peu sont vraiment intéressés à la personne qui se trouve « devant » eux. Parce que l’intérêt semble se trouver dans la rapidité et la possibilité de « flusher » une personne dès qu’elle ne nous divertit plus. Et si c’est virtuellement possible, c’est un peu moins facile dans le « vrai » monde.

En allant plus loin que la simple démonstration, Les Petites Cellules Chaudes a réussi à mettre en relief le rapport complexe, souvent intense, parfois trop intime, qu’entretiennent certaines personnes envers Internet. Surtout, le collectif est parvenu à saisir (et à bien nous montrer) une génération du clic, une génération qui semble chercher un peu d’amour et de réconfort à travers une mer de relations insipides et superficielles.

Si le iShow donne beaucoup de place à la médiocrité, il permet aussi d’entrevoir la beauté derrière toutes ces personnes qui tentent d’entrer en contact. Et même si elles n’y arrivent pas toujours, elles essaient parfois de bien jolie façon.

– Mélissa Pelletier

iShow ou je m’occupe de transférer le message à Chanda est à l’affiche pour un dernier soir à l’Usine C.

 

Dramaturgie : Sarah Berthiaume, Édith Patenaude, Gilles Poulin-Denis
Mise en scène : Maxime Carbonneau, Philippe Cyr, Laurence Dauphinais
Avec Hugo B. Lefort, Émile Beaudry, François Édouard Bernier, Sarah Berthiaume, Maxime Carbonneau, Patrice Charbonneau-Brunelle, Nathaly Charrette, Philippe Cyr, Laurence Dauphinais, Dominique Leclerc, Emilie Leclerc, Chanda Legroulx, Édith Patenaude, Gilles Poulin-Denis, Audrey Talbot.
Scénographie : Patrice Charbonneau-Brunelle
Technique : Hugo B.Lefort
Lumières : Marie-Ève Pageau Son: Navet Confit